La Justice existe-t-elle dans Gotham City ? (Batman)

Gotham. Une ville corrompue par la pègre, par la violence et la folie. Et un semblant de justice qui prend la forme d’un justicier masqué.

Comment la ville fait-elle face à ses pires criminels ? Bruce Wayne a-t-il vraiment besoin de la cape et du masque pour les combattre ? Et si Gotham City était en France, quelles sont les lois qui encadrent cette criminalité rampante ?

Le système judiciaire de Gotham City

Gotham City est une ville (fictive) du nord des Etats-Unis, connue pour être le centre de gravité de la pire criminalité de l’univers de DC Comics. La pègre y pullule sans limites, les fous arpentent les rues (lorsqu’ils ne sont pas sous les verrous de l’asile d’Arkham et la police y est plus corrompue que partout ailleurs.

La corruption est certainement le symptôme le plus viral de Gotham. Une corruption politique. Une corruption judiciaire. Ou parfois une corruption de l’esprit.

Dresser une liste des dysfonctionnements judiciaire de la ville serait une tâche dantesque… Des cadres du Gotham City Police Department aux simples agents de patrouille, tous sont impliqués à des degrés différents dans des actes de corruption (pots-de-vin, chantage…), voire des crimes plus graves (trafic de drogue, meurtres…). Les maires de Gotham qui se succèdent n’améliorent pas la situation, à la solde du grand banditisme ou grands criminels eux-mêmes.

Malgré les efforts du commissaire James Gordon (et, à un moment, ceux d’Harvey Dent) pour enrayer la corruption au sein du GCPD mais également dans les hautes sphères politiques, Gotham reste une ville gangrénée par sa criminalité, ceux qui y participent et ceux qui ferment les yeux.

Jusqu’à ce que Batman entre en scène.

Vigilantisme : l’homme masqué comme justicier

En marge du système judiciaire de Gotham, au-dessus de toute corruption, se trouve Batman. Le Justicier masqué. Le Chevalier Noir. Un « vigilante » qui rend justice aux citoyens de Gotham City et tente de défendre le peu d’ordre social restant à la métropole déchue.

En ce sens, Batman est devenu l’archétype de l’auto-justice dans la culture populaire.

Qu’est-ce que l’auto-justice ?

On parle d’auto-justice lorsqu’un individu (ou un groupe) fait exercer la loi ou un code moral particulier en dehors de toute procédure judiciaire légale, de manière généralement violente et secrète.

Cet individu est alors un « auto-justicier » ou plus simplement un « justicier » (qui n’est pas forcément masqué, et encore moins habillé en chauve-souris). L’anglicisme « vigilante » est également parfois utilisé pour les désigner.

Concrètement, le terme de justicier est généralement utilisé pour désigner un citoyen qui exécute la loi de ses propres mains lorsqu’il estime que les actions de l’autorité légale ne sont pas suffisantes. Ici, Bruce Wayne face à l’inaction et/ou l’incapacité du GCPD de Gordon décide de rendre la justice en endossant le masque de Batman.

Pour autant, la justice parallèle du Chevalier noir repose sur un paradoxe fondamental : elle s’arroge le droit de violer la loi au nom du maintien de l’ordre dans Gotham City.

Alors, Batman, héros ou criminel ? Une question d’autant plus compliquée que le rôle du Chevalier noir dans l’escalade de la (super-)criminalité de Gotham est plus que ambigu…

Le vigilantisme, condamné par la loi ?

Les policiers du Gotham City Police Department ne pourchassent pas Batman (toujours) pour rien. Aux Etats-Unis comme en France, le vigilantisme est condamné par la loi lorsqu’il donne lieu à un comportement criminel, bien qu’il n’existe pas de loi pour l’interdire explicitement.

Ainsi, par exemple, un groupe d’autodéfense (c’est-à-dire une milice citoyenne) pouvant être classé dans la catégorie de l’auto-justice (sanctionné ou non par le gouvernement) ne donnera pas nécessairement lieu à des comportements criminels et ne sera donc pas illégale.

L’auto-justice est plus précisément le fait de se substituer à une action en justice par l’Etat.

Cette action en justice est décomposable en 3 parties :

  • l’enquête judiciaire, pour rechercher les éléments concernant le préjudice ou la faute commise ;
  • le procès, pour déterminer la responsabilité, la nature exacte et l’ampleur du préjudice ou de la faute ;
  • l’exécution de la peine, si le coupable du préjudice ou de la faute est déterminé et condamné.

Il est illégal pour un citoyen lambda (comme Bruce Wayne) d’avoir recours à la plupart des actions nécessaires pour mener une enquête judiciaire car elles portent atteint à la vie privée et aux libertés individuelles. En effet, mener une fouille ou retenir une personne contre son gré pour l’interroger (surtout suspendue par les pieds dans une ruelle sombre) sont des actions illégales si vous n’êtes pas policier.

En France, la séquestration est un crime puni de 20 ans de réclusion criminelle. Cette peine est réduite à 5 ans et 75 000 euros d’amende si la personne séquestrée est libérée volontairement dans les sept jours. Elle peut cependant être portée à la réclusion à vie ou pour une période incompressible de 30 ans en cas de circonstance aggravante.

Bruce Wayne entre dans une banque et…

… se retrouve au beau milieu d’un braquage. Utilisant ses compétences en arts martiaux et sa furtivité légendaire, il désarme les malfaiteurs, les mets hors d’état de nuire (sans trop les malmener) et les remet à la police, qui prend la relève avec une arrestation en bonne et due forme.

En France, Bruce Wayne est parfaitement dans son droit d’arrêter un individu réalisant un crime flagrant ou délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement. C’est ce que prévoit l’article 73 du code pénal qui dispose que « toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche ».

Même sans sa cape et son masque, Bruce Wayne peut donc tout à fait agir en justicier et en toute légalité.

Les pires criminels de Gotham City

Dire que Gotham City est une ville accablée par le crime serait un doux euphémisme. C’est en effet autour de la ville du Chevalier Noir que semble graviter le pire du pire de ce que l’humanité a à offrir. Petit palmarès des adversaires les plus emblématiques (et dangereux) de Batman, et ce qu’ils risqueraient s’ils étaient jugés par la justice française.

Les corrompus

Le grand banditisme occupe une place prépondérante dans l’écosystème criminel de la ville, même si les familles mafieuses de Gotham sont moins hautes en couleur qu’un Homme Mystère ou une Harley Quinn. C’est la famille Falcone (créée par Frank Miller en 1987) qui s’est imposée comme la plus emblématique de l’univers Batman, suivi par la famille Maroni.

Si les mafieux dirigent Gotham à la vue de tous, c’est tout l’inverse pour la Cour des Hiboux (Batman: Night of the Owls de Scott Snyder). Cette organisation criminelle secrète regroupe les plus anciennes et riches familles de la ville. Depuis la création de Gotham, la Cour influence dans l’ombre la politique de la ville à son avantage, en investissant ou en assassinant.

Oswald Cobblepot, plus connu sous le nom du Pingouin, est un redoutable adversaire pour Batman et sûrement l’un des plus populaires. Mafieux entrepreneur, il se tourne également vers la politique, usant de son influence et de son argent pour se faire élire maire de Gotham City (Batman: Earth One de Geoff Johns et Gary Frank).

En France une personne jugée coupable de corruption passive ou active encourt une peine maximale de 10 ans de prison ainsi qu’une amende pouvant atteindre jusqu’à 1 million d’euros. Des peines complémentaires peuvent s’ajouter.

Les fous

Ancien District Attorney tourné grand criminel, Harvey Dent devient Double-Face lorsqu’il reçoit de l’acide sur le visage lors d’un procès (Batman: The Long Halloween de Jeph Loeb et Time Sale). Obsédé par la dualité et le concept de chance, il est présenté comme souffrant de schizophrénie, de troubles bipolaires et d’un trouble dissociatif de l’identité.

Si le Joker apparaît comme complètement aliéné, il n’est jamais réellement décrit comme ayant des troubles psychologiques particuliers. Le némésis de Batman, comme tout psychopathe est dénué d’empathie et de conscience, incapable de distinguer le bien du mal. Si le passé du Joker est un méandre de mensonges et de blagues, son présent est celui d’un criminel sans état d’âme, capable du pire (Batman: A Death in the Family de Jim Starling et Jim Aparo).

En France, l’article 122-1 du code pénal énonce qu’une personne atteinte, au moment des faits d’un crime, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes n’est pas pénalement responsable. Le juge d’instruction peut alors déclarer un un non-lieu, ou la juridiction pénale prononcer une décision d’acquittement ou de relaxe.

Les terroristes

Si les gangsters sanguinaires et les psychopathes en costume ne suffisaient pas, Gotham City est également une destination de rêve pour les terroristes en tout genre. Botaniste devenue femme fatale (littéralement), Poison Ivy est avant tout une éco-terroriste faisant l’usage de toxines et autres phéromones capable de contrôler les esprits pour arriver à ses fins. Son objectif : protéger les espèces en voie d’extinction et l’environnement.

Avec une analyse du monde qui l’entoure similaire, mais des méthodes beaucoup plus radicales, Ra’s al Ghul est à la tête du de la Ligue des Assassins, un groupe terroriste à la recherche du parfait équilibre environnemental. Les massacres de masse, notamment à l’aide d’armes biochimiques, ne lui sont donc pas étrangers et Gotham semble être une cible de premier choix.

En France, une personne jugée pour un crime terroriste peut être condamnée à une peine de réclusion criminelle à perpétuité incompressible, c’est à dire qu’aucun aménagement de peine n’est possible (sauf décision d’un tribunal de l’application des peines après 30 ans d’incarcération).

Crédits :
Batman, créé par Bob Kane et Bill Finger
Les comics de l’univers Batman sont publiés par DC Comics et Urban Comics, pour la version française
Batman: Arkham City et Batman: Arkham Knight, développés par Rocksteady Studios et publiés par Warner Bros.

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