[Interview] Comment l’intelligence artificielle transforme le métier d’avocat selon le point de vue d’un des éditeurs juridiques, Lefebvre-Dalloz.
L’intelligence artificielle transforme le métier d’avocat : l’éditeur juridique devient un garant stratégique de confiance.
Le métier d’avocat évolue à grande vitesse. Recherche, analyse, rédaction : l’intelligence artificielle bouleverse les méthodes de travail. Mais derrière cette transformation visible, un acteur peut aider les avocats à traverser cette mutation : l’éditeur juridique. Son rôle ne consiste plus seulement à publier du contenu fiable. Il doit désormais garantir la qualité, la traçabilité et la sécurité des réponses générées par IA. À travers la vision portée par Lefebvre Dalloz, on comprend que la transformation est autant humaine que technologique.
À retenir
Un éditeur juridique combiné à l’IA peuvent redéfinir l’équilibre du métier d’avocat.
- L’accès à l’information n’est plus un avantage concurrentiel sans fiabilité et confiance
- La donnée fiable devient l’actif stratégique majeur
- L’éditeur évolue vers un rôle de tiers de confiance
- L’IA assiste, mais la décision reste humaine
Qui est Pauline de Certeau ?
Pauline de Certeau est directrice du produit GenIA-L et des produits digitaux chez Lefebvre Dalloz.
Ancien avocat au Barreau de Paris, elle a choisi de rejoindre cet éditeur juridique afin d’agir dans la conception des outils pour accompagner les professionnels du monde du droit.
Son expérience structure son analyse de l’intelligence artificielle dans le droit.
Elle résume ainsi l’enjeu : « Nous entrons dans une phase où l’intelligence artificielle devient l’infrastructure silencieuse de la pratique juridique. »
Une transformation qui dépasse les outils
L’intelligence artificielle ne transforme pas uniquement la production juridique. Elle modifie l’équilibre même du métier.
Le constat porté par l’éditeur est clair :
« Pendant longtemps, l’avantage concurrentiel reposait sur l’accès à l’information. Demain, l’information sera accessible à tous. La valeur se déplacera vers l’analyse, la stratégie et la responsabilité professionnelle. »
La production évolue rapidement :
- recherche documentaire accélérée,
- analyse facilitée,
- rédaction assistée.
Mais la transformation la plus profonde est concurrentielle. Lorsque tous les cabinets disposent des mêmes technologies, la différenciation repose sur :
- la précision du raisonnement et les conclusions qui en découlent,,
- l’expertise sectorielle,
- la relation client.
Le regard d’un éditeur : de la validation à la gouvernance
Historiquement, l’éditeur validait l’information avant publication.
Pauline de C. évoque l’évolution de la responsabilité de Lefebvre-Dalloz avec l’IA générative. Il ne s’agit plus seulement de produire un contenu fiable, mais de garantir la fiabilité d’une réponse générée.
« Les professionnels du droit n’achètent pas seulement une réponse rapide : ils attendent une réponse traçable, explicable et juridiquement défendable. »
Lefebvre Dalloz voit son rôle stratégique de l’éditeur juridique autour de quatre piliers :
- Qualité des sources
- Transparence du raisonnement
- Traçabilité des informations utilisées
- Confidentialité et sécurité
Dans ce modèle, la technologie est encadrée par une gouvernance éditoriale.
L’IA comme extension du raisonnement, pas comme substitut
Pour Pauline de Certeau, l’intelligence artificielle est pensée comme un “sparing partner” du juriste.
Elle permet :
- d’explorer rapidement une question juridique,
- de cartographier la jurisprudence,
- de comparer des arguments,
- de préparer une première trame de note.
L’outil GenIA-L, lancé par Lefebvre Dalloz en 2023, s’inscrit dans cette logique d’assistance augmentée. Mais la ligne est claire : « La validation finale reste humaine. », et surtout : « La responsabilité reste humaine. »
L’IA ne comprend pas le contexte stratégique d’un dossier comme un professionnel. Elle accélère. Elle structure. Elle suggère.
Elle ne décide pas, elle accompagne les professionnels.
Le véritable enjeu n’est pas d’adopter ou de refuser l’IA. « Le vrai risque, c’est de mal l’utiliser. »
- Ne pas l’utiliser : perte de compétitivité.
- L’utiliser sans esprit critique : prise de risque.
- L’intégrer avec méthode : avantage stratégique durable.
La place centrale de l’humain dans la transformation du métier d’avocat
L’intelligence artificielle transforme l’infrastructure du droit. Mais elle renforce paradoxalement l’importance de l’humain.
Pourquoi ?
Parce que :
- l’analyse stratégique ne s’automatise pas,
- la responsabilité professionnelle reste individuelle,
- la confiance repose sur une signature humaine.
Dans un monde d’abondance de réponses générées par IA, la rareté devient la confiance. Et la confiance repose sur :
- la compétence,
- l’éthique,
- le discernement.
Un éditeur juridique peut devenir stratégique précisément parce qu’il structure cette confiance.
Conclusion
À l’ère de l’intelligence artificielle, un éditeur juridique peut devenir un tiers de confiance essentiel.
La transformation du métier d’avocat repose sur un équilibre entre technologie puissante et responsabilité humaine.
Points clés
- L’IA transforme l’équilibre du métier d’avocat.
- L’information devient accessible à tous.
- La donnée fiable est stratégique.
- L’éditeur garantit la traçabilité et la confiance.
- La décision et la responsabilité restent humaines.
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