Comment les justiciables utilisent l’intelligence artificielle avant de consulter un avocat ?
L’usage de l’IA explose pour les premiers besoins juridiques : mais qu’en attendent vraiment les justiciables ? Décryptage pour les avocats.
« Est-ce grave si je n’ai pas de contrat écrit ? », « Puis-je garder la caution ? »… Avant de décrocher leur téléphone pour appeler un avocat, nombre de justiciables posent d’abord leurs questions à une intelligence artificielle.
Face à la montée des outils juridiques automatisés, les professionnels du droit peuvent être tentés de s’inquiéter. Mais l’IA n’efface pas le besoin de conseil humain : elle redessine le parcours du justiciable. Mieux comprendre cet usage, c’est mieux répondre, rassurer et valoriser la plus-value de l’avocat.
À retenir
Les justiciables sollicitent l’IA avant de consulter un avocat, pour s’informer, se rassurer, ou nommer un problème.
Ils attendent rapidité, accessibilité, anonymat, mais gardent des doutes sur la fiabilité et la prise en compte des spécificités de leur situation.Ce qu’il faut retenir :
- L’IA est un outil d’auto-pré-orientation, pas un substitut à l’avocat.
- Elle façonne des clients plus informés… ou mal informés.
- Elle renforce la nécessité d’un conseil humain, stratégique et sécurisant.
Un usage précoce, bien avant le contact avec un avocat
Les justiciables ne recourent pas à l’IA pour trancher un litige complexe. Mais dès les premiers doutes juridiques, ils peuvent se tourner vers :
- Des outils comme ChatGPT, DoNotPay, Justifit ou des simulateurs en ligne.
- Des FAQ automatisées sur des sites institutionnels ou commerciaux.
- Des forums ou assistants conversationnels juridiques.
Objectifs principaux :
- Comprendre une situation (mon contrat est-il valide ?)
- Nommer un problème (ai-je été victime d’un vice caché ?)
- Savoir s’il faut agir… ou non.
- Se rassurer, parfois simplement valider une intuition.
Ce comportement correspond à une phase de pré-diagnostic, proche de celle observée dans la santé (auto-évaluation avant d’aller voir un médecin).
Des attentes pratiques et émotionnelles fortes
Dans une étude menée en 2023 par l’Observatoire de l’éthique publique (France), plusieurs points clés ressortent sur les attentes vis-à-vis de l’IA juridique :
- Accessibilité : usage 24/7, gratuit, sans rendez-vous.
- Rapidité : réponse immédiate à une question simple.
- Pédagogie : vulgarisation du droit, clarté, ton neutre.
- Anonymat : poser une question sans devoir s’exposer.
Pour de nombreux justiciables, il s’agit avant tout de réduire l’incertitude juridique à un instant T, sans encore entrer dans une démarche formelle ou payante.
La confiance des justiciables vis-à-vis de l’IA dépend de la clarté du cadre : savent-ils qu’il ne s’agit pas de conseil juridique personnalisé ? La réponse est souvent non.
Une confiance limitée et des doutes persistants
Malgré l’essor des outils d’IA et justiciables, la défiance reste présente.
Freins les plus souvent cités :
- Fiabilité des réponses : les justiciables sont nombreux à douter de la précision juridique réelle des réponses fournies.
- Responsabilité : en cas d’erreur, vers qui se tourner ? L’IA n’assume aucune responsabilité.
- Confidentialité des données : où vont mes informations ?
- Singularité des situations : difficulté à prendre en compte le contexte émotionnel, financier, social.
Selon une enquête menée par le Conseil de l’Europe en 2022, seuls 36 % des citoyens interrogés déclaraient faire « confiance » à une IA pour traiter leur situation juridique sans validation humaine.
Des clients plus informés… ou mal informés
L’usage de l’intelligence artificielle transforme la relation avocat-client et IA :
- Les clients arrivent avec des idées préconçues, des simulations, des “conseils” d’IA.
- Ils peuvent être mieux préparés, ou au contraire mal orientés.
- Ils attendent confirmation de ce qu’ils ont déjà lu ou obtenu en ligne.
Mais surtout, ils cherchent :
- Un tiers de confiance humain.
- Une prise de recul stratégique.
- Une sécurisation des décisions juridiques.
Cela repositionne l’avocat non comme une source d’information, mais comme un garant de la validité, de la stratégie et de la défense.
Conclusion
L’intelligence artificielle et droit ne sont plus deux mondes séparés. Les justiciables en font déjà un usage actif, bien que limité. Ce comportement transforme le parcours initial, sans supprimer le besoin de conseil humain.
S’adapter, c’est écouter, expliquer, et valoriser ce qui ne peut être automatisé.
Points clés à retenir
- Les justiciables utilisent l’IA en amont du contact avocat, pour s’informer.
- Ils attendent simplicité, rapidité, anonymat, mais gardent des doutes sérieux.
- L’IA ne remplace pas le conseil : elle le rend plus nécessaire.
- Les avocats doivent s’adapter à des clients plus “préparés” et parfois “influencés”.
Valorisez votre rôle comme interprète, stratège et garant du droit appliqué à la personne.
Articles Sources
- coe.int - https://www.coe.int/fr/web/artificial-intelligence/justice
- observatoireethiquepublique.com - https://www.observatoireethiquepublique.com/nos-propositions/livres-blancs/64-propositions-pour-une-ethique-des-systemes-dintelligence-artificielle.html
- cnil.fr - https://www.cnil.fr/fr/ia-et-rgpd-la-cnil-publie-ses-nouvelles-recommandations-pour-accompagner-une-innovation-responsable
- institutmontaigne.org - https://www.institutmontaigne.org/publications/objectif-ia

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