Les évolutions de la formation continue des avocats

Origines de la formation continue

La formation continue des avocats en France trouve ses origines dans les années 1970. À cette époque, l’idée d’une formation professionnelle tout au long de la carrière commence à émerger dans plusieurs professions, y compris le droit. La loi du 31 décembre 1971 sur la réforme de certaines professions judiciaires et juridiques a posé les premiers jalons de la formation continue des avocats. Cette loi a introduit des dispositions relatives à la formation professionnelle continue, bien que sa mise en œuvre ait été progressive.

Au cours des années 1980 et 1990, la formation continue des avocats a gagné en importance. Elle est devenue un élément majeur pour assurer que les avocats restent informés des évolutions législatives, jurisprudentielles et des pratiques professionnelles. Le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 a été un moment clé, structurant davantage la formation continue. Ce décret établit des exigences plus formelles pour la formation continue et met l’accent sur l’importance de la mise à jour régulière des connaissances juridiques.

Développement de standards et d’exigences

Avec le temps, des standards et des exigences plus précis pour la formation continue des avocats ont été développés. Ces standards visent à assurer que la formation reste pertinente et efficace pour répondre aux besoins en constante évolution de la profession.
L’avènement des technologies de l’information a également eu un impact significatif sur la formation continue des avocats. L’utilisation de plateformes en ligne et de ressources numériques a permis une plus grande accessibilité et flexibilité dans la formation. Au fil du temps, la formation continue a également évolué pour répondre aux défis contemporains, tels que la mondialisation du droit, les nouvelles réglementations et la spécialisation croissante dans divers domaines juridiques.

Évolutions de la formation continue

La formation continue professionnelle des avocats en France connaît d’importants changements suite à la publication du décret n°2023-1125, qui réforme en profondeur cette formation, tant au niveau initial que continu. Cette réforme, très attendue, a été publiée au Journal officiel le 2 décembre 2023 et entre en vigueur à partir du 1er janvier 2024.

Principaux changements apportés par le décret

Avant l’introduction de la règle spécifiant que les avocats en début de carrière doivent suivre 20 heures de formation pendant leurs deux premières années d’exercice, la quantité d’heures de formation continue requise pouvait varier en fonction de la juridiction et du barreau. Il était courant de voir des obligations allant de 10 à 15 heures par an, ou parfois plus, selon les spécificités du barreau ou de la juridiction concernée.

Désormais, les avocats en début de carrière sont tenus de suivre 20 heures de formation pendant leurs deux premières années d’exercice. Cela comprend 10 heures dédiées à la gestion d’un cabinet d’avocat et 10 heures consacrées à la déontologie et au statut professionnel. Cette mesure vise à garantir que les nouveaux avocats acquièrent des compétences essentielles non seulement en matière juridique mais aussi dans la gestion et les aspects éthiques de leur profession.

À noter:

Les avocats en début de carrière sont tenus de suivre 20 heures de formation pendant leurs deux premières années d’exercice.

 

Précision sur la nature des colloques et conférences

Dans le cadre de la formation continue des avocats, les règles générales stipulent que les formations acceptées doivent être étroitement liées à la pratique juridique et au développement professionnel. Ces formations peuvent prendre diverses formes, telles que des séminaires, ateliers, cours en ligne, ou webinares. Elles doivent être dispensées par des organismes ou professionnels reconnus et viser à actualiser les connaissances juridiques, y compris les nouvelles législations et pratiques. L’accent est mis sur la pertinence, la qualité, et l’interactivité des formations pour garantir leur efficacité.
Le décret apporte une clarification importante concernant les types de colloques et de conférences qui peuvent être comptabilisés dans les heures de formation continue. Désormais, seuls ceux ayant un lien direct avec l’activité professionnelle des avocats seront éligibles. Cette mesure vise à s’assurer que les activités de formation continue sont pertinentes et bénéfiques pour la pratique juridique.

Accompagnement des nouveaux avocats

Mentorat par un avocat référent

Une nouvelle disposition stipule que les avocats débutants doivent être accompagnés par un avocat référent ayant au moins deux années d’exercice. Le rôle de ce mentor, désigné par le conseil de l’ordre, est d’aider le nouvel avocat dans sa formation pratique et son développement professionnel. Cette initiative vise à faciliter l’intégration des nouveaux avocats dans la profession et à renforcer leur formation pratique.

Le mentorat est souvent considéré comme une activité complémentaire, axée sur le soutien pratique et le développement professionnel du nouvel avocat. Bien que le mentorat soit extrêmement bénéfique, il n’est pas toujours classifié formellement comme de la formation continue, car il se concentre davantage sur l’orientation personnalisée et le partage d’expériences plutôt que sur l’enseignement formel de compétences juridiques spécifiques.

Cependant, certaines juridictions ou ordres professionnels peuvent reconnaître le mentorat comme une forme de formation continue, surtout si le programme de mentorat est structuré avec des objectifs d’apprentissage spécifiques et une documentation appropriée. Il est donc important de consulter les règles spécifiques de l’ordre des avocats ou de la juridiction en question pour déterminer si le mentorat des nouveaux avocats est comptabilisé dans les heures de formation continue.

Modifications dans les spécialisations

Allègement des exigences pour les spécialisations

Le décret modifie les conditions requises pour se spécialiser dans un domaine juridique spécifique. Il réduit le temps de pratique professionnelle nécessaire avant de pouvoir passer un examen de spécialisation, permettant un accès aux spécialisations plus flexible pour les avocats.

Retrait volontaire de la liste des spécialistes

Une nouvelle mesure permet aux avocats titulaires d’un certificat de spécialisation de demander volontairement leur retrait de la liste nationale des avocats spécialistes. Les avocats peuvent vouloir se retirer volontairement de la liste des spécialistes pour diverses raisons, comme la recherche d’une plus grande flexibilité professionnelle, le désir de changer de domaine juridique, ou la volonté de s’adapter aux évolutions du marché. Cette option de retrait offre une flexibilité significative, leur permettant de réorienter leur carrière, de se diversifier dans des pratiques juridiques plus générales, ou de prendre du recul pour des raisons personnelles. Ainsi, cela permet aux avocats de gérer leur parcours professionnel de manière plus dynamique, en phase avec leurs objectifs et les tendances actuelles du marché juridique

Stage pour les avocats inscrits à l’étranger

Le décret introduit une disposition permettant aux avocats inscrits dans un barreau étranger d’effectuer un stage en France d’une durée d’un an, renouvelable deux fois. Ce stage est soumis à l’agrément du conseil de l’ordre et vise à faciliter l’échange professionnel et la formation des avocats à l’international.

Règlement intérieur unifié pour les EDA (Écoles d’Avocats)

À partir du 1er septembre 2025, un règlement intérieur unifié sera mis en place pour toutes les Écoles d’Avocats. Ce changement vise à harmoniser les règles et les procédures au sein de ces institutions, assurant ainsi une cohérence et une uniformité dans la formation des avocats à travers le pays.

Dispense d’examen d’entrée au CRFPA pour les docteurs en Droit

Le décret précise les conditions sous lesquelles les docteurs en droit peuvent être dispensés de l’examen d’entrée au Centre Régional de Formation Professionnelle des Avocats (CRFPA). Cette mesure reconnaît le niveau élevé d’études juridiques accomplies par les titulaires d’un doctorat en droit.

Examen de déontologie et réglementation professionnelle

Toutes les personnes bénéficiant des passerelles, c’est-à-dire des voies d’accès alternatives à la profession d’avocat, seront soumises à un examen de déontologie et de réglementation professionnelle. Ce changement permet d’assurer que tous les avocats, quelle que soit leur voie d’accès à la profession, possèdent une compréhension solide des normes éthiques et réglementaires de la profession.

Modification de la formation initiale

Le décret modifie certains aspects de la formation initiale des avocats. Il rend facultatif l’enseignement de la langue vivante étrangère et introduit des aménagements pour les candidats en cas d’échec à l’examen du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA). Ces changements rendent la formation initiale plus flexible et adaptée aux besoins individuels des étudiants.

Modifications institutionnelles

Des modifications sont apportées dans la composition de diverses commissions et conseils liés à la formation professionnelle des avocats. Ces ajustements institutionnels améliorent la gestion et l’efficacité des structures responsables de la formation des avocats.

Pour conclure, la récente adoption du décret n°2023-1125 constitue un moment clé dans l’évolution de la formation continue des avocats en France. Cette réforme s’inscrit dans une dynamique de modernisation et d’adaptation aux réalités contemporaines du métier. Elle témoigne de la volonté de la profession de rester en phase avec un environnement juridique en perpétuel changement. En instaurant des critères de formation plus précis et en renforçant l’accompagnement des jeunes avocats, ce décret reflète une approche proactive et une reconnaissance des enjeux actuels et futurs de la profession juridique. Il s’agit d’un pas significatif vers une formation continue plus cohérente, pertinente et intégrée. Elle souligne l’engagement de la profession juridique à maintenir un haut niveau d’excellence et de compétence.

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Sources

Dalloz Actualité 

Conseil National des Barreaux

Barreaux des Avocats de Toulouse

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