IA juridique et fiabilité du droit : comment choisir les bons outils pour son cabinet ?

Marie Camille Clastot

Les IA juridiques promettent des gains majeurs, mais comment choisir un outil réellement fiable et compréhensible pour sécuriser votre pratique ?

Vous souhaitez intégrer une IA dans votre cabinet, mais une question demeure : comment choisir la bonne, sans être expert en informatique ? Derrière chaque solution se cache un modèle technique différent, avec des niveaux de fiabilité, de sécurité et de souveraineté variables. Une réponse juridiquement erronée ou une donnée client mal protégée peut engager votre responsabilité. L’enjeu n’est donc pas d’adopter l’IA la plus innovante, mais de comprendre les bases techniques pour surtout sélectionner le modèle le plus fiable. Vous trouverez ci-dessous un comparatif clair et accessible qui devrait vous aider à décider.



À retenir

Bien choisir son IA juridique implique de comprendre quatre notions clés : LLM  (Large Language Model), RAG (Retrieval Augmented Generation), vérifiabilité et souveraineté des données.

Avant toute décision :

  • Vérifiez la présence de sources cliquables et traçables
  • Exigez une clause contractuelle de Zero Data Retention (non-réutilisation des données)
  • Contrôlez le lieu d’hébergement des données
  • Identifiez clairement le type de modèle utilisé
  • Testez les mécanismes d’anonymisation (est ce que l’outil supprime automatiquement les données sensibles avant tout traitement par l’IA)

Pourquoi le modèle technique est le premier critère de choix ?

Avant de choisir une IA juridique, il est important de comprendre ce qu’est un LLM (Large Language Model).

Un LLM est un modèle statistique entraîné sur d’immenses volumes de textes. Il ne « comprend » pas le droit : il calcule la réponse la plus probable en fonction des mots.

Autrement dit, il produit un texte cohérent… mais pas nécessairement exact.

Conséquences possibles si l’outil repose uniquement sur ce type de modèle :

  • Hallucinations juridiques : l’IA invente un arrêt ou un article plausible mais inexistant
  • Biais culturels : raisonnement influencé par le droit anglo-saxon si le modèle a été majoritairement entraîné sur des données américaines
  • Risque déontologique : transmission de données sensibles vers des serveurs externes

Comment savoir si un outil repose uniquement sur un LLM généraliste ?

Consultez la documentation technique de l’éditeur, les mentions légales et les CGU. Recherchez des termes comme « RAG », « base documentaire propriétaire », « sources citées » ou « architecture hybride ». En l’absence d’explication claire sur l’architecture ou la traçabilité des sources, il est probable que l’outil fonctionne principalement sur un LLM génératif classique.

Le Conseil national des barreaux rappelle la nécessité de vigilance. Le secret professionnel demeure intangible.

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Le contrôle des données confiées aux outils d’IA

Au-delà du modèle technique, le choix d’une IA juridique implique un contrôle strict des données que vous lui confiez.

En pratique, vérifiez trois éléments essentiels :

1. L’hébergement et la souveraineté

Où sont situés les serveurs ? Quelle législation s’applique ?

À noter :
Si les serveurs sont situés aux États-Unis, ils peuvent être soumis au Cloud Act, une loi américaine permettant aux autorités d’accéder aux données hébergées par des entreprises américaines, même à l’étranger.

2. La conservation des données

L’éditeur conserve-t-il vos requêtes ou vos documents ?

Bon à savoir :
  • Zero Data Retention signifie que vos données ne sont ni stockées ni réutilisées pour entraîner le modèle.
  • Un système dit stateless ne conserve aucune trace des requêtes une fois la réponse fournie.

3. L’architecture de sécurité

Comment les accès sont-ils contrôlés ? Les flux sont-ils chiffrés ?

Une approche Zero Trust repose sur le principe que rien n’est implicitement fiable : chaque accès est vérifié et chiffré.

Ces éléments doivent être précisés dans les conditions contractuelles ou la documentation de sécurité de l’éditeur. En cas d’absence d’information claire, demandez un écrit.

La RAG : le standard technique pour sécuriser son choix

Pour limiter les risques d’hallucinations, de biais juridiques et d’absence de traçabilité liés à l’utilisation d’un LLM seul, de nombreux éditeurs ont recours à une architecture appelée RAG (Retrieval Augmented Generation).

Concrètement, la RAG fonctionne en deux temps :

  1. Le système recherche d’abord l’information dans une base documentaire fiable (jurisprudence, codes, bases internes du cabinet)
  2. Ensuite seulement, le modèle rédige une réponse à partir de ces documents précis

L’IA ne « devine » plus : elle s’appuie sur des sources identifiées.

Résultat : la réponse devient contrôlable et vérifiable.

Comparatif des modèles d’IA juridique pour faire le bon choix

Le bon outil dépend de votre besoin. Voici comment comprendre les différentes catégories :

Recherche juridique vérifiable (modèle RAG strict)

Ces solutions privilégient la fiabilité documentaire.

Doctrine : À privilégier si votre priorité est la recherche jurisprudentielle sécurisée.

  • Architecture RAG stricte
  • Sources systématiquement citées
  • Zero Data Retention
  • Hébergement sécurisé

Lexis+ AI – LexisNexis : Pertinent pour combiner profondeur documentaire et assistance IA.

  • Couplage LLM + fonds documentaire Lexis
  • Données clients non utilisées pour entraînement
  • Tests de modèles variés pour limiter les biais
À savoir :
La non-utilisation des données pour l’entraînement (Zero Data Retention) signifie que vos contenus ne servent pas à améliorer le modèle. Cela ne dispense toutefois pas de vérifier l’hébergement, les sous-traitants techniques et les conditions de traitement des données.

Lexbase Intelligence : Choix stratégique si la souveraineté et la localisation des données sont prioritaires dans votre cabinet.

  • Orientation souveraineté européenne
  • Utilisation de modèles open source (code accessible et modifiable)
  • Hébergement local ou cloud européen
À savoir :
Ici, l’enjeu n’est pas seulement la sécurité technique, mais la maîtrise juridique de l’infrastructure (localisation des serveurs, dépendance à des acteurs américains, exposition au Cloud Act).

Assistants rédactionnels souverains (modèle hybride)

Ces outils visent la productivité interne.

Ordalie : Adapté pour une utilisation conforme au droit local.

  • Modèles spécialisés en droit français
  • Hébergement en France
  • Données non réutilisées

Jimini : Idéal pour améliorer la rédaction de conclusions et contrats.

  • Copilote intégré à Word
  • Interrogation des bases internes du cabinet via RAG
  • Partenariats avec modèles européens

Septeo Brain : Cohérent si vous êtes déjà équipé de solutions Septeo.

  • Intégré à un logiciel métier existant
  • Hébergement certifié ISO 27001 (norme de sécurité informatique)
  • Automatisation documentaire et OCR (reconnaissance automatique de texte dans les PDF scannés)

Outils d’analyse massive (modèle productivité)

Ces solutions sont conçues pour traiter de grands volumes de documents.

Legora : Adapté aux cabinets réalisant des audits contractuels complexes.

  • Analyse comparative multilingue
  • Approche Zero Trust
  • Hébergement européen

GenIA-L – Lefebvre Dalloz : Pertinent pour les cabinets déjà utilisateurs des bases Dalloz.

  • Adossé au fonds Dalloz
  • Environnement sécurisé
  • Données non conservées par le fournisseur du modèle

Checklist : comment choisir son IA juridique en 2026

Avant toute signature, appliquez cette grille simple :

1. Vérifiabilité

Puis-je contrôler chaque réponse et accéder aux sources ?

Une IA fiable doit systématiquement citer ses références (arrêt, article, doctrine) et permettre un accès direct au texte original pour éviter toute erreur stratégique.

2. Non-réutilisation des données

L’éditeur garantit-il contractuellement l’absence de stockage ou d’entraînement sur mes données ?

Vérifiez la présence d’une clause écrite de Zero Data Retention : sans engagement contractuel clair, vos données pourraient être conservées ou exploitées.

3. Souveraineté

Où sont hébergés les serveurs ? Quelle législation s’applique ?

L’emplacement des serveurs détermine le droit applicable (Cloud Act, droit européen, RGPD) et donc le niveau réel de protection du secret professionnel.

4. Modèle technique

S’agit-il d’un LLM seul ou d’une architecture RAG sécurisée ?

Un LLM isolé génère du texte probable ; une RAG ancre la réponse dans une base documentaire vérifiable.

5. Adaptation à mon usage

Recherche approfondie, assistance rédactionnelle ou audit documentaire massif ?

Un outil performant mais mal adapté à votre pratique quotidienne générera plus de complexité que de valeur.

Conseils :
Demandez une démonstration technique, testez l’outil sur un dossier anonymisé et comparez au moins deux architectures avant décision.

Conclusion

Choisir une IA juridique revient à comprendre son fonctionnement avant d’évaluer ses promesses.
La pédagogie technique est la première garantie de sécurité.

Points clés

  • Un LLM seul produit un texte probable, pas nécessairement exact
  • La RAG permet d’ancrer la réponse dans des sources vérifiables
  • La non-réutilisation des données est un critère contractuel essentiel
  • L’hébergement détermine la souveraineté juridique
  • L’outil doit correspondre à votre pratique réelle

Articles Sources

  1. conseil-etat.fr - https://www.conseil-etat.fr/content/download/234383/file/Charte%20utilisation%20IA%202025.pdf
  2. francedigitale.org - https://francedigitale.org/publications/code-de-conduite-legaltech-ia-generative
  3. cnb.avocat.fr - https://cnb.avocat.fr/medias/cnb-grille-lecture-intelligence-aartificielle-2025-68f775b81ba5b2.65545272.pdf
  4. pamplemousse-magazine.co - https://www.pamplemousse-magazine.co/post/ia-juridiques-comparatif-complet?srsltid=AfmBOooe1Xe60X44RpA_t7NAb4CrKaykP_hKjxGeqN6q7odDZzJRU2Ek
  5. blog.doctrine.fr - https://blog.doctrine.fr/verifiabilite-le-vrai-critere-pour-choisir-une-ia-juridique/
  6. actuia.com - https://www.actuia.com/actualite/hallucinations-legales-des-chercheurs-mettent-en-lumiere-les-erreurs-des-llms-dans-le-domaine-juridique/

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