Directeur juridique d’Atos International, Stéphane Larrière est aussi auteur du blog La loi des parties. Partageant son expérience en droit des contrats, il souhaite plus largement amener une réflexion et un échange sur la « fonction du droit et son positionnement dans l’entreprise, dans la technologie et dans la société actuelle ». Et il souligne également la nouvelle obligation des juristes de communiquer sur les réseaux disponibles.
Clarisse Andry : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre propre blog ?
Stéphane Larrière : C’est un constat : s’ils veulent exister, les juristes et les avocats doivent être présents sur Internet et sur les réseaux sociaux, car c’est là que se trouvent leur clientèle et leurs clients internes. Aujourd’hui, on rentre en relation avant de se rencontrer. Avant de choisir un conseil, on le googlise pour savoir qui il est, ce qu’il a fait, quelles sont ses compétences, pour voir ce qui est dit sur lui. Dans ce contexte, j’ai jugé qu’un blog constituerait un véritable outil de positionnement et de notoriété, qui allait me permettre de jouer un rôle clé dans mon entreprise. Mon blog est d’ailleurs très lu par les acheteurs, ma principale clientèle interne, alors que les sujets ne touchent pas forcément leur cœur de métier.
Je voulais également être libre de mon propos. Et mon angle d’attaque est différent des articles publiés dans les revues juridiques : je parle de droit, mais je l’associe aux contextes sociologiques, technologiques et juridiques. J’ai voulu faire réfléchir les lecteurs sur la fonction du droit et sur son positionnement dans l’entreprise, dans la technologie, et dans la société actuelle.
C.A : Communiquer est aujourd’hui incontournable pour les juristes d’entreprise, y compris à l’extérieur de leur société ?
S.L. : Oui, je pense que c’est indispensable pour plusieurs raisons. D’abord pour interagir avec sa clientèle ou ses clients internes, mais aussi pour jouer notre rôle et influer sur le monde. Nous avons des choses à dire sur la norme, sur la loi, sur la manière dont on les applique, et nous devons diffuser ce type de messages.
Je crois que ce type d’exercice, comme la création d’un blog, reste difficile pour les juristes, parce qu’ils ont l’impression de divulguer une partie de leur savoir. Ce qu’il faut percevoir, c’est que le partage de droit créer le besoin de droit, donc le besoin de juristes. Plus vous partagez et donnez aux gens un accès à la science du droit, plus ils vont être conscients des problématiques qui se posent, et ils viendront vous voir.
C.A : Le juriste aurait-il aussi la mission de faciliter l’accès au droit ?
S.L. : Je ne sais pas si on peut parler de mission, mais ce qui est sûr, c’est que nous sommes rentrés dans une société de partage. Comme je le disais, tout le monde vous googlise : il en va de même pour la connaissance juridique. Les personnes se renseignent, recherchent les textes de loi qui s’appliquent ou les éventuelles jurisprudences, ce qui leur permet de réaliser une sorte de pré-diagnostic avant de venir voir les juristes. Notre rôle a donc un peu évolué : on ne vient plus nous voir seulement pour notre savoir-faire et notre science. Nous sommes dans une démarche d’échange, avec un conseil un petit peu plus renforcé qu’il ne l’était auparavant. Et ceci grâce à un peu plus de communication et de technologie.
C.A : Vous parlez également de la nécessaire présence des juristes sur les réseaux sociaux : c’est aujourd’hui indispensable ? Cela peut-il avoir des conséquences sur leur carrière ?
S.L. : Effectivement, c’est essentiel. Si l’entreprise a un réseau social interne, il est impératif pour les juristes d’y être aussi. Il faut aller là où les gens sont, car les rapports ont changé. Nous ne sommes plus dans une relation de sachant à profane, ceux qui nous consultent viennent déjà avec quelques questions de droit. Après, est-ce que c’est un outil clé pour une carrière ? Ça, il est trop tôt pour le dire. Mais en tout cas je le conseille.
J’ajouterai aussi que lorsque l’on communique par un blog ou par les réseaux sociaux, on le fait non seulement pour soi-même, avec sa personnalité, son expérience et ses compétences, tout en représentant l’entreprise pour laquelle on travaille. On contribue, de fait, à sa présence numérique, ce qui nécessite un discernement et une pertinence dans le jugement de ce qu’on communique. Ce sont les points clé d’une bonne communication et ce sont deux qualités que possèdent les juristes, de part leur métier.
C.A : Ces différents enjeux liés à la communication ont-ils un impact sur votre travail de directeur juridique et sur le management de vos équipes ?
S.L. : Oui, ça influe forcément sur le management, d’autant plus dans des grandes sociétés comme Atos. Nous avons une répartition géographique très importante, la communication permet donc de faciliter l’échange. Et quand vous créez un blog ou que vous êtes présent sur les réseaux sociaux, cela permet aux autres de rentrer plus facilement en contact avec vous. Dans une société de 100 000 personnes, vous ne pouvez pas connaître tout le monde : il faut donc se rendre accessible.
C.A : Comment voyez-vous la direction juridique de demain ?
S.L. : Je la vois très connectée, via les outils technologiques, avec la direction générale, les différents clients et autres relations de l’entreprise. Mais aussi très aidée par tous les outils de digitalisation. Je pense que demain, le juriste sera aidé par l’intelligence artificielle dans la qualification de certaines situations de droit, dans l’anticipation de certains risques. Nous serons alors des juristes à réalité augmentée.

Besoin d'un avocat ?

Nous vous mettons en relation avec l’avocat qu’il vous faut, près de chez vous

Trouver mon Avocat
Partager :