[Interview] Comment devenir avocat en Australie : requalification et retour d’expérience de Maître Quentin Dequiret
Partir exercer en Australie fait rêver, mais le parcours exige méthode et persévérance.
S’expatrier comme avocat est une formidable aventure professionnelle. Pourtant, derrière l’image d’une expatriation réussie, la réalité est souvent plus exigeante qu’il n’y parait.
Pour un avocat français, s’installer durablement en Australie implique bien plus qu’un simple changement de pays : il faut comprendre un nouveau marché juridique, comprendre la culture locale, construire un nouveau réseau social et professionnel et, parfois, reprendre des études pour se requalifier en droit australien.
Maître Quentin Dequiret, avocat en propriété intellectuelle qualifié, en France et en Australie a suivi ce parcours. De Paris à Berlin puis Sydney, son expérience illustre concrètement les étapes, les difficultés, et les choix stratégiques à anticiper.
Dans cet entretien, il revient sur la requalification, l’intégration dans le marché australien et les réalités souvent méconnues de la profession sur place.
À retenir
- La requalification complète en Australie peut prendre plusieurs années (2 ans au minimum).
- Les diplômes français ne suffisent généralement pas pour exercer localement.
- Le réseau joue un rôle déterminant dans l’accès aux opportunités professionnelles
- L’expérience française n’est pas toujours immédiatement valorisée.
- La résilience et la persévérance sont indispensables.
Qui est Quentin Dequiret ?
Maître Quentin Dequiret est avocat en propriété intellectuelle, avec un parcours résolument international. Formé entre la France et l’Allemagne (programme Ber-Mü-Pa, Paris II – LMU Munich), il développe très tôt une appétence pour le droit dans un contexte transfrontalier. Après l’école d’avocats en France, il prête serment en 2017 à Paris, puis Berlin où il rejoint un cabinet spécialisé en propriété intellectuelle avec Maître Marie-Avril Roux Steinkühler. Il y gère des portefeuilles de marques pour des clients européens, travaille en français, anglais et allemand, et intervient sur des stratégies de protection d’actifs à l’échelle de l’Union européenne.
Son expatriation en Australie en 2012 marque un tournant. Il décide non seulement de s’y installer, mais surtout de se requalifier en droit australien afin d’exercer localement. Après une nouvelle prestation de serment à Sydney en 2025, il exerce aujourd’hui au sein IP SERVICE INTERNATIONAL dans un cabinet spécialisé en propriété intellectuelle avec une clientèle australienne et internationale, sur des dossiers
mêlant droit australien, européen et problématiques commerciales internationales.
Très impliqué dans les réseaux professionnels franco-australiens, il est également membre du board de La French Tech Australia , membre actif de la Chambre de commerce franco-australienne et membre du bureau de l’Association pour la Promotion de l’Exercice des Avocats à l’Étranger (APPEAL-E). Son engagement se traduit par des actions de mentorat,
l’organisation d’événements professionnel et le développement de passerelles entre les écosystèmes juridiques, technologiques et entrepreneuriaux français et australiens.
Exercer comme avocat en Australie : deux parcours possibles
Justifit : Existe-t-il plusieurs façons d’exercer à l’étranger en tant qu’avocat ?
Quentin Dequiret : « Oui, clairement. Soit on continue à exercer son droit d’origine depuis l’étranger. Certains domaines s’y prêtent
particulièrement bien, comme le droit patrimonial, les successions, le droit de la famille, etc. Soit on se requalifie pour pratiquer le droit local. Dans mon cas, j’exerce à la fois en droit français et européen ainsi qu’en droit australien. J’interviens notamment sur des stratégies de protection de l’innovation, de défense des actifs immatériels et de valorisation de portefeuilles de propriété intellectuelle. »
Justifit : Pourquoi avoir choisi cette voie ?
Quentin Dequiret : « J’ai fait le choix car je voulais m’inscrire dans la durée en Australie. À Berlin, j’avais déjà une pratique internationale, mais centrée sur l’Europe. En Australie, la requalification m’a permis de basculer sur une pratique plus globale et un cadre de vie différent. »
Requalification avocat Australie : étapes, coûts et durée
Justifit : Comment se passe la requalification en Australie ?
Quentin Dequiret : « La requalification implique de reprendre reprendre des études. J’ai validé 13 matières obligatoires dont les fameuses Priestley 11, qui sont les matières juridiques fondamentales imposées en Australie pour devenir avocat. Le rythme était soutenu, avec 3 à 4 examens par semestre, souvent en parallèle de mon activité professionnelle. Il faut aussi être conscient de l’impact personnel du processus : le soutien de ses proches et un bon équilibre mental sont importants pour tenir sur la durée. »
Justifit : Est-ce accessible à tous ?
Quentin Dequiret : «Oui, mais il faut être très clair sur l’investissement que cela représente. La requalification demande du temps, des ressources financières et une vraie discipline. Pendant deux ans, j’ai structuré mes semaines autour du travail la journée et des révisions le soir et les week-ends. Ce rythme est éprouvant, mais les
étudiants européens y résistent souvent bien. La course à pied m’a également aidé à préserver un équilibre sain, aussi bien sur le plan physique que mental.»
Justifit : Quels erreurs éviter ?
Quentin Dequiret : « L’erreur principale est de se lancer sans vision claire à long terme. Beaucoup de candidats envisagent l’Australie comme une simple expérience de quelques années, mais engagent malgré tout un processus de requalification complet. Or, cette démarche est lourde, coûteuse et très exigeante. Si vous prévoyez de rester seulement deux ou trois ans, il peut être plus pertinent de privilégier une expérience professionnelle internationale sans aller jusqu’à l’équivalence complète. La requalification prend tout son sens uniquement si elle s’inscrit dans un projet d’installation durable et structuré. »
Trouver un poste d’avocat en Australie : rôle de la création d’un réseau
Justifit : Comment trouver un poste en Australie ?
Quentin Dequiret : « Se créer un réseau est absolument central. Mon premier poste est venu grâce à des échanges et des rencontres avec des pairs. Pendant plusieurs années, j’ai participé à tous les événements de networking et pris des cafés avec de nouvelles personnes presque toutes les semaines : avocats, entrepreneurs, professionnels de la tech ou membres de la communauté franco-australienne. C’est exigeant en énergie, mais extrêmement enrichissant. Ce qui fonctionne réellement, ce n’est pas le networking opportuniste, mais un intérêt sincère pour les autres et la volonté de créer des relations durables. »
Justifit : Le diplôme ne suffit pas ?
Quentin Dequiret : « Non. En Australie, on privilégie la confiance. Même avec de l’expérience en France, vous êtes perçu comme junior sans expérience locale. Il faut apprendre et faire ses preuves. »
Justifit : Concrètement, que faire ?
Quentin Dequiret : « Être proactif. Aller vers les autres, participer à des événements, rejoindre des réseaux professionnels en accord avec sa spécialité et donner de sa personne sans attendre de retours immédiats. »
- Travaillez votre réseau avant même d’arriver sur le territoire
- Multipliez les échanges informels (cafés, appels téléphoniques)
- Revoir les personnes déjà rencontrées pour construire une relation
- Acceptez de commencer par des postes juniors afin de mettre un pied dans le marché australien.
L’Australie est-elle un Eldorado pour les avocats français ?
Justifit : L’Australie est-elle une opportunité facile ?
Quentin Dequiret : « Non, clairement. Il existe un véritable fantasme autour de l’Australie, perçue comme un marché ouvert et accessible. En réalité, l’entrée est exigeante à plusieurs niveaux. D’abord sur le plan administratif, avec des procédures de visa qui peuvent être longues et incertaines, voire impossible sans sponsor. Ensuite sur le plan professionnel, avec une requalification souvent nécessaire et un marché du travail qui valorise fortement l’expérience locale. Enfin, il faut composer avec un environnement concurrentiel où les cabinets n’ont pas de besoin particulier en avocats français. Rien n’est automatique : chaque étape doit être construite. »
Justifit : Que faut-il anticiper ?
Quentin Dequiret : « Il faut anticiper le temps, le coût et l’impact personnel du projet. Concrètement, la requalification peut s’étaler sur plusieurs années avec des frais de formation et une baisse temporaire de revenus. Le décalage horaire avec la France (8 à 10 heures) complique les échanges avec les clients, le cercle social et la famille. L’éloignement est réel et peut peser pour certains dans la durée.
Sur le plan professionnel, il faut accepter de s’adapter et se réinventer afin de construire une crédibilité locale et poursuivre son évolution. Le coût de la vie est également très élevé. Sans source de revenus stable, il peut être difficile de s’installer durablement. »
Justifit : Avez-vous vu des échecs ?
Quentin Dequiret : « Oui. Certains confrères n’ont pas réussi à s’intégrer ou à terminer leur requalification. Les raisons sont variées : charge de travail trop importante, désintérêt pour la profession, difficulté à trouver une première expérience locale, choix de carrières plus accessibles, contraintes financières ou encore isolement. Le point commun, c’est souvent un décalage entre les attentes initiales et la réalité du terrain. Il faut donc être prêt mentalement, accepter une phase d’inconfort et s’inscrire dans la durée pour dépasser ces obstacles. Il existe heureusement de très nombreux exemples de réussite. »
Quels profils d’avocats peuvent réussir en Australie ?
Justifit : Qui peut réussir ce type de projet ?
Quentin Dequiret : « Les profils internationaux, bilingues ou spécialisés dans des domaines transfrontières disposent d’un avantage certain. Une expérience solide au Royaume-Uni ou aux États-Unis est également un atout. Mais au-delà du parcours académique, ce sont surtout les personnes persévérantes, capables de s’adapter et ouvertes à de nouveaux environnements qui s’épanouissent le mieux. »
Justifit : Quel état d’esprit adopter ?
Quentin Dequiret : « L’humilité est essentielle. Il faut accepter de repartir de zéro sur certains aspects, de réapprendre un système juridique et de se confronter à un nouveau marché et un nouveau mode de communication. Le choc culturel est réel. Il est donc recommandé de
faire preuve d’ouverture afin de pleinement bénéficier de l’expérience enrichissante qu’est l’expatriation en Australie. »
Justifit : Un conseil final ?
Quentin Dequiret : « Il est important de ne pas être uniquement dans une logique de bénéfice personnel. Se demander ce que l’on peut apporter à un cabinet, à une équipe ou à un client change complètement la dynamique. C’est souvent dans cette posture que les opportunités apparaissent et se concrétisent. »
Conclusion
Devenir avocat en Australie est une aventure exigeante, mais accessible à ceux qui s’y préparent sérieusement. C’est un projet de vie plus qu’une simple opportunité de carrière avec à la clé une expérience professionnelle et personnelle particulièrement enrichissante.
Points clés
- La requalification est souvent indispensable sur le long terme.
- Le réseau est la clé pour entrer et prospérer sur le marché.
- L’expérience française ou le multilinguisme ne sont pas automatiquement valorisés.
- L’expatriation demande du temps et de la résilience.
- L’humilité et l’ouverture d’esprit sont essentielles pour s’intégrer durablement.
Historique de l’article
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