[Interview] De juriste d’entreprise à avocat associé : témoignage de Maître Régis Mahieu sur sa reconversion stratégique et entrepreneuriale
Est ce que passer de juriste à avocat grâce à la validation des acquis est vraiment accessible ? Découvrez l’expérience concrète et détaillée Maître Régis Mahieu.
Changer de trajectoire après plus de dix ans en entreprise peut sembler risqué. Néanmoins, de nombreux juristes choisissent aujourd’hui de devenir avocat via la validation des acquis. Cette voie repose sur des conditions strictes mais offre une réelle opportunité de reconversion. À travers une interview de Maître Régis Mahieu, avocat associé et cofondateur du cabinet Mermoz, découvrez les étapes, les exigences et les réalités de ce parcours.
À retenir
Devenir avocat par la validation des acquis est possible, mais nécessite une expérience solide, une préparation rigoureuse et une réelle fibre entrepreneuriale. Les conditions sont les suivantes :
- 8 ans d’expérience juridique minimum requis
- Dossier nécessairement validé par le Conseil de l’Ordre
- Un examen de déontologie obligatoire
- Une forte dimension entrepreneuriale nécéssaire après la prestation de serment.
Qui est Régis Mahieu, cofondateur du cabinet Mermoz ?
Régis Mahieu est avocat associé et cofondateur du cabinet Mermoz. Avant de prêter serment, il a passé plus de 12 ans comme juriste d’entreprise au sein de grands groupes industriels internationaux, où il intervenait sur des contrats complexes et des projets à forts enjeux.
Au fil de son parcours – en France et à l’international, notamment en Allemagne – il a développé une approche très opérationnelle du droit, au plus près des équipes business. Comme il l’explique dans cette interview, son rôle consistait déjà à « accompagner les équipes commerciales » et à sécuriser des opérations stratégiques.
Devenu avocat via la validation des acquis (VAE), il accompagne aujourd’hui des entreprises, en particulier dans le domaine industriel, sur des problématiques de droit des contrats, de négociation et de gestion de projets. Sa pratique se distingue par une vision concrète du droit, orientée résultats et adaptée aux contraintes terrain.
Sa double culture juriste-avocat lui permet d’allier rigueur juridique et compréhension des enjeux économiques, avec un objectif clair : proposer des solutions utiles, directement exploitables par ses clients.
Pourquoi devenir avocat par la validation des acquis ?
Justifit : Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le cap ?
Régis Mahieu : « La motivation principale était entrepreneuriale. Je souhaitais développer ma propre activité, être autonome et responsable de mes résultats.
Après plusieurs années en entreprise, un besoin d’évolution est souvent ressenti. La validation des acquis offre une alternative intéressante pour accéder à la profession d’avocat sans repasser par un cursus classique. »
Justifit : Qu’est-ce qui change concrètement ?
Régis Mahieu : « Le changement est profond. On passe d’un environnement structuré à une activité indépendante, avec des enjeux financiers et commerciaux importants. »
Comment devenir avocat par la validation des acquis ?
Justifit : Quelles sont les conditions pour devenir avocat sans CRFPA ?
Régis Mahieu : « La validation des acquis repose sur l’article 98 du décret du 27 novembre 1991. Ce dispositif permet aux juristes expérimentés d’accéder à la profession sous certaines conditions.
Pour être éligible, il faut notamment :
- Justifier d’au moins 8 ans d’expérience juridique
- Exercer au sein d’un service juridique identifié
- Démontrer une pratique réelle du droit. »
Justifit : Quelles sont les étapes à suivre ?
Régis Mahieu : « Le processus de validation des acquis se déroule en plusieurs phases :
- Constitution d’un dossier détaillé
- Examen par le Conseil de l’Ordre
- Passage d’un oral de déontologie
- Prestation de serment
Chaque étape nécessite une préparation sérieuse, notamment la constitution du dossier qui doit être particulièrement solide. »
Justifit : L’examen de déontologie est-il difficile ?
Régis Mahieu : « Oui, il s’agit d’un examen exigeant qui couvre l’ensemble des règles professionnelles. Il nécessite une préparation approfondie et ne doit pas être sous-estimé. »
Juriste versus avocat : quelles différences ?
Justifit : Quelle est la principale différence entre un juriste et un avocat ?
Régis Mahieu : « La différence tient surtout dans la posture. En entreprise, le juriste est intégré à une équipe. Il travaille avec les commerciaux, les financiers, les opérationnels. Il participe à un projet global.
À l’inverse, l’avocat est attendu sur un résultat. On lui demande un livrable : un contrat, une assignation, un avis. La relation est plus directe, plus exigeante. »
Justifit : Le quotidien est-il vraiment différent ?
Régis Mahieu : « Oui, complètement. Le juriste vit avec les équipes, il suit les projets dans la durée. Il a une vision globale de l’entreprise.
L’avocat intervient souvent de manière plus ponctuelle. Il doit être efficace rapidement, avec moins de contexte parfois. Il faut être capable de s’adapter très vite. »
Justifit : La responsabilité change-t-elle entre les deux métiers ?
Régis Mahieu : « Oui, et c’est un vrai tournant. En tant qu’avocat, vous engagez directement votre responsabilité professionnelle. Chaque conseil, chaque écrit peut avoir des conséquences.
On ne peut pas se cacher derrière une structure. Cela demande beaucoup de rigueur et d’exigence au quotidien. »
Justifit : Et la dimension entrepreneuriale, est-ce un vrai changement ?
Régis Mahieu : « C’est même central. Un avocat est aussi un chef d’entreprise. Il doit développer sa clientèle, gérer son activité, trouver des dossiers.
Ce qui est difficile, c’est de trouver l’équilibre entre produire du juridique et développer son business. En entreprise, ces fonctions sont séparées. En cabinet, vous faites tout. »
Les défis du passage à l’avocature
Justifit : Quels ont été les moments les plus marquants au début ?
Régis Mahieu : « Les premières fois sont très structurantes : première plaidoirie, première offre, première facturation, premiers clients. C’est là que vous mesurez concrètement le changement de métier. »
Justifit : Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la transition ?
Régis Mahieu : « Le plus difficile, c’est de tout faire en même temps. En entreprise, les rôles sont répartis. En cabinet, vous êtes à la fois juriste, commercial et chef d’entreprise.
Il faut :
- Produire du travail juridique de qualité
- Développer sa clientèle
- Gérer son activité au quotidien
Trouver l’équilibre entre ces trois dimensions prend du temps. »
Justifit : Le rapport au travail change-t-il ?
Régis Mahieu : « Oui, clairement. Vous êtes beaucoup plus exposé. Il y a une exigence permanente, à la fois de la part des clients et de vous-même.
Vous ne pouvez pas vraiment « lever le pied » : chaque dossier compte, chaque client aussi. C’est un métier où l’on doit rester à un niveau élevé en continu. »
Justifit : Y a-t-il une forme de solitude dans le métier ?
Régis Mahieu : « Oui, surtout au début. On passe beaucoup de temps seul, à travailler sur ses dossiers ou à structurer son activité. C’est différent de l’entreprise où l’on est entouré en permanence. »
Justifit : Avec le recul, quel conseil donneriez-vous ?
Régis Mahieu : « Anticiper au maximum. Préparer son réseau, réfléchir à son positionnement, comprendre que le développement commercial fait partie du métier. »
Développer sa clientèle : un enjeu central
Justifit : Comment avez-vous construit votre clientèle ?
Régis Mahieu : « Au départ, je me suis beaucoup appuyé sur mon réseau professionnel. Les personnes avec qui j’avais travaillé en entreprise sont naturellement devenues mes premiers contacts.
C’est un point clé : quand vous avez déjà 10 ou 12 ans d’expérience, vous avez forcément croisé des clients, des partenaires, des opérationnels. Ce réseau, il faut l’entretenir et savoir le réactiver au bon moment. »
Justifit : Le réseau suffit-il pour développer son activité ?
Régis Mahieu : « Non, ce n’est qu’un point de départ. Ensuite, il faut continuer à le faire vivre et aller chercher de nouvelles opportunités.
Le développement repose sur plusieurs leviers :
- Entretenir régulièrement ses contacts
- Se positionner clairement sur une expertise (par exemple : droit des contrats, projets industriels)
- Être visible (événements, prises de parole, contenu). »
Justifit : La fidélisation est-elle importante ?
Régis Mahieu : « Oui, c’est même essentiel. Aujourd’hui, j’ai des clients qui me suivent depuis plus de 10 ans. Cela repose sur la confiance, la qualité du travail et la compréhension de leurs enjeux.
Quand vous connaissez bien un client, vous êtes plus pertinent, plus rapide, et la relation devient durable. »
Justifit : Quelles sont les principales difficultés ?
Régis Mahieu : « La difficulté, c’est de trouver l’équilibre entre produire et développer. Quand vous avez beaucoup de travail, vous avez moins de temps pour prospecter. Et inversement.
C’est un équilibre permanent à trouver. »
Conseils pour réussir sa reconversion
Justifit : Quels sont les points clés à anticiper avant de devenir avocat ?
Régis Mahieu : « Le premier point, c’est la motivation entrepreneuriale. Il faut être clair là-dessus : devenir avocat, ce n’est pas seulement faire du droit, c’est aussi développer une activité.
Ensuite, il faut être prêt à travailler de manière autonome. Vous passez d’un environnement structuré à une organisation que vous devez construire vous-même.
Enfin, il faut accepter une période d’incertitude. Le lancement peut être progressif, avec des revenus variables au début. »
Justifit : Quels pièges éviter selon vous ?
Régis Mahieu : « Penser que tout va se faire naturellement. Le réseau, la clientèle, le positionnement… tout cela se travaille en amont.
Il ne faut pas non plus sous-estimer le temps nécessaire pour développer une activité stable. »
Justifit : Est-ce un véritable changement de vie ?
Régis Mahieu : « Oui, clairement. Devenir avocat via la validation des acquis implique une transformation à la fois professionnelle et personnelle.
Le rythme, la responsabilité, l’implication ne sont plus les mêmes. Mais c’est aussi ce qui rend le métier plus stimulant et plus engageant. »
Conclusion
Devenir avocat par la validation des acquis est une opportunité accessible mais exigeante, qui repose autant sur l’expérience juridique que sur l’état d’esprit entrepreneurial.
Points clés
- La validation des acquis permet d’éviter le CRFPA
- Une expérience juridique solide est indispensable
- L’examen de déontologie est une étape clé
- Le métier d’avocat implique une forte autonomie
- Le développement de clientèle est essentiel
Articles Sources
- libdedroit.fr - https://libdedroit.fr/blogs/fiches-grand-oral-crfpa/assouplissement-acces-profession-avocat-19-mars-2025-n-23-19-915?srsltid=AfmBOooNFUsFayE91u3TaINNIlsVRhyOg0ofvrD0arFk65axE7xppSAJ
- legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000048506951
- legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000048506949
- cnb.avocat.fr - https://cnb.avocat.fr/actualite/le-cnb-propose-des-modifications-des-modalites-d-acces-a-la-profession-d-avocat-pour-les-autres-professionnels-du-droit-1
Historique de l’article
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