Délit de favoritisme : définition et sanctions

L’équipe Justifit

Le délit de favoritisme sanctionne le fait, pour un acteur public, d’accorder un avantage injustifié à une entreprise en violation des règles de la commande publique. Prévu par l’article 432-14 du Code pénal, il vise à garantir l’égalité d’accès, la transparence et la loyauté des procédures de marchés publics et de concessions. Cette infraction, souvent dissimulée derrière des irrégularités techniques, expose les décideurs publics comme les entreprises bénéficiaires ou évincées à des risques pénaux et financiers importants. Dès que le moindre doute apparaît, le recours à un avocat en droit pénal est recommandé.

Délit de favoritisme définition et sanctions

Qu’est-ce que le délit de favoritisme selon l’article 432-14 du Code pénal ?

L’article 432-14 du Code pénal incrimine le fait, pour une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, « de procurer ou de tenter de procurer à autrui un avantage injustifié par un acte contraire aux règles garantissant la liberté d’accès et l’égalité des candidats dans les marchés publics et les contrats de concession ». L’avantage peut être matériel, financier ou concurrentiel, et il n’est pas nécessaire qu’il ait entraîné un préjudice effectif ou l’attribution finale du marché.

Le délit de favoritisme vise à garantir trois principes fondamentaux :

  • La liberté d’accès à la commande publique ;
  • L’égalité de traitement entre les candidats ;
  • La transparence des procédures de passation.

Trois éléments cumulatifs doivent être réunis pour constituer le délit :

  • Élément légal : prévu par l’article 432-14 du Code pénal. L’infraction se caractérise par la violation des règles garantissant la liberté d’accès et l’égalité des candidats.
  • Élément matériel : acte positif dans la procédure (rédaction de critères discriminatoires, communication d’informations privilégiées, modification des conditions de consultation pour favoriser un candidat).
  • Élément intentionnel : volonté consciente de procurer un avantage à un candidat particulier, indépendamment d’un enrichissement personnel.
À noter :
Il faut distinguer les violations administratives des infractions pénales. Les irrégularités dans un marché public ne relèvent pas forcément du délit de favoritisme. Seules celles qui traduisent une volonté délibérée de favoriser un candidat au détriment des autres peuvent engager la responsabilité pénale.

Par exemple, un adjudicateur rédige un cahier des charges imposant des caractéristiques techniques correspondant exclusivement à l’offre d’une entreprise identifiée, sans justification objective liée au besoin réel du marché. Même en l’absence de bénéfice personnel ou de plainte d’un concurrent, cette situation peut caractériser un délit de favoritisme, car elle démontre une volonté délibérée de rompre l’égalité entre les candidats.

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Dans quels marchés ou contrats le délit de favoritisme peut-il être caractérisé ?

Le délit de favoritisme ne se limite pas à un type spécifique de marché. Il peut être retenu dans toutes les procédures de passation de contrats où des règles de publicité et de concurrence s’appliquent. La jurisprudence reconnaît que tout acte visant à procurer un avantage injustifié à un opérateur économique peut être sanctionné, que le contrat soit public ou que la personne responsable exerce une mission de service public.

Le plus souvent, les types de contrats concernés par le favoritisme sont les suivants.

Marchés publics

Les marchés publics de travaux, fournitures ou services constituent le cadre le plus fréquent de constatation du délit. Chaque étape de leur passation, de la définition du besoin à l’attribution, peut offrir des opportunités de favoriser un candidat de manière injustifiée.

Contrats de concession

Les contrats de concession, dans lesquels le titulaire exploite un service public à ses risques et périls, sont également concernés. Le délit peut se manifester par des critères d’attribution ou des conditions contractuelles favorisant certains candidats.

Délégations de service public

Dans les délégations de service public, le pouvoir adjudicateur confie l’exploitation d’un service à un prestataire. Le favoritisme peut se traduire par une sélection biaisée du délégataire ou des informations privilégiées.

Accords-cadres et marchés subséquents

Les accords-cadres et les marchés subséquents, souvent pluriannuels et modulables, sont exposés aux risques de favoritisme lorsqu’une entreprise est systématiquement avantagée dans les attributions de lots ou les ajustements contractuels.

Comment reconnaître un avantage injustifié dans une procédure de marché public ?

Dans le contexte des marchés publics, un avantage injustifié ne nécessite pas un préjudice effectif pour les autres candidats. Le simple fait de rompre l’égalité entre les participants ou de favoriser un opérateur économique suffit à caractériser la situation.

Quels sont les indices concrets de favoritisme dans une procédure ?

Plusieurs signes permettent d’identifier un potentiel avantage injustifié :

  • Spécifications techniques excessivement ciblées : lorsqu’un cahier des charges impose des caractéristiques techniques qui ne correspondent qu’à une entreprise particulière. Il s’agit d’un critère sur mesure, susceptible de constituer un avantage injustifié. Ce type de clause réduit artificiellement la concurrence.
  • Notation subjective ou incohérente : l’évaluation des offres doit être objective et transparente. Une notation imprécise, changeante ou incohérente entre candidats peut révéler un traitement préférentiel.
  • Modifications tardives du règlement de consultation : les changements apportés aux documents de consultation en cours de procédure, notamment après la réception des offres ou de manière non justifiée, peuvent favoriser certains candidats informés en amont.
  • Traitement différencié entre candidats : accorder des délais supplémentaires, fournir des informations ou des conseils spécifiques à un candidat en particulier constitue un avantage concurrentiel qui rompt l’égalité de traitement.

Quels sont les critères examinés par les juridictions ?

Pour qualifier un délit de favoritisme, les juridictions évaluent plusieurs éléments :

  • L’impact réel ou potentiel sur la concurrence : même si le marché est finalement attribué à un autre candidat, un avantage ayant influencé la procédure peut suffire à caractériser l’infraction.
  • L’absence de justification objective : tout avantage doit pouvoir être justifié par des motifs techniques, économiques ou organisationnels. À défaut, il est considéré comme injustifié.

Par ailleurs, il est important de différencier ces deux notions. L’avantage économique direct fait référence à un gain tangible, tel que l’attribution d’un marché ou une amélioration financière directe. Tandis que l’avantage concurrentiel indirect suppose une information privilégiée, un accès anticipé à des critères de sélection, ou des conditions de délai permettant à un candidat de mieux préparer son offre.

Les deux types peuvent être retenus par les juridictions si leur obtention résulte d’une manipulation délibérée de la procédure.

Comment apporter la preuve d’un délit de favoritisme ?

La qualification d’un avantage injustifié repose sur la constitution d’un dossier factuel solide. Les éléments suivants sont déterminants :

  • Documents officiels (cahiers des charges, règlements, modifications) ;
  • Échanges écrits ou électroniques entre l’acheteur et les candidats ;
  • Chronologie précise des étapes de la procédure.

Ces preuves permettent de démontrer la volonté délibérée de procurer un avantage et de soutenir une action pénale ou administrative.

Voici un exemple de cas : lors d’un appel d’offres pour des travaux de rénovation d’un bâtiment public, l’acheteur modifie le règlement de consultation après la remise des premières offres, en assouplissant certaines exigences techniques. Cette modification est communiquée uniquement à une entreprise précise, qui soumet ensuite une offre conforme. Cette entreprise bénéficie d’un avantage concurrentiel indirect injustifié, susceptible de constituer un délit de favoritisme, car la procédure a été orientée pour la favoriser au détriment des autres candidats.

Qui peut être pénalement poursuivi pour favoritisme ou recel de favoritisme ?

Le délit de favoritisme ne touche pas seulement les acteurs publics. Il peut concerner tout individu ou entreprise ayant participé ou bénéficié d’un avantage injustifié.

Les auteurs principaux du délit de favoritisme

Le délit de favoritisme peut être retenu à l’encontre de différentes catégories d’acteurs :

  • Agents publics : fonctionnaires ou contractuels ayant autorité dans la passation des marchés.
  • Élus : responsables politiques impliqués dans l’attribution d’un marché ou d’une concession.
  • Dirigeants d’établissements publics : directeurs ou responsables d’organismes publics détenant un pouvoir décisionnel.
À noter :
Chaque auteur est responsable personnellement et peut être poursuivi indépendamment de l’institution qu’il représente.

Le recel de favoritisme

Le recel de favoritisme consiste à bénéficier sciemment d’un avantage issu d’un délit de favoritisme.

  • Il peut viser les entreprises bénéficiaires ayant accepté ou tiré profit de l’avantage.
  • Les dirigeants ou représentants de ces entreprises peuvent également être poursuivis.
  • La complicité est également sanctionnée : toute personne ayant aidé ou encouragé l’infraction principale peut répondre pénalement.

Les infractions de favoritisme peuvent entraîner une combinaison de sanctions :

  • Pénales (amendes, peines de prison pour les individus)
  • Administratives (annulation de marchés, sanctions financières)
  • Disciplinaires (pour les agents ou fonctionnaires impliqués)

Les risques immédiats et les sanctions encourues en cas de délit de favoritisme

Dès qu’un avantage injustifié est suspecté dans une procédure de marché public, les conséquences peuvent être immédiates pour les acteurs concernés.

Pour l’acteur public, le risque porte sur :

  • L’ouverture d’une enquête pénale ;
  • La suspension ou l’annulation du marché ;
  • Une mise en cause personnelle pouvant entraîner des amendes ;
  • Une peine d’emprisonnement ;
  • Des sanctions disciplinaires.

Pour l’entreprise bénéficiaire, l’exposition inclut :

  • Des poursuites pour recel de favoritisme ;
  • La résiliation du contrat ;
  • Des sanctions financières ;
  • Un impact réputationnel durable.

Lorsqu’un marché public présente des indices de favoritisme, comme des critères sur mesure, un traitement différencié des candidats ou des modifications irrégulières du règlement, cela alerte sur un risque immédiat. Ces signes doivent amener à évaluer rapidement l’exposition juridique et financière. Avec l’appui d’un avocat, il sera plus facile de sécuriser la procédure avant la signature du marché, et si besoin, de contester un contrat irrégulier afin de protéger ses intérêts.

Quels recours engager lorsqu’un marché public semble faussé ?

Lorsqu’une entreprise estime qu’un marché public a été attribué de manière irrégulière, elle dispose de recours à la fois administratifs et pénaux, à mobiliser selon le stade de la procédure.

Les recours pour l’entreprise évincée

Avant la signature du marché, l’entreprise peut saisir le référé précontractuel pour contester la procédure et suspendre l’attribution.

Après signature, le référé contractuel ou le recours en contestation de validité du contrat permettent de contester le contrat et, le cas échéant, d’obtenir son annulation.

Les actions pénales

Une entreprise peut déposer une plainte pénale simple lorsqu’elle soupçonne un favoritisme. La constitution de partie civile lui permet de participer activement à l’enquête et de protéger ses intérêts économiques.

À noter :
Les délais sont stricts : le précontractuel doit intervenir avant signature, le contractuel dans les deux mois suivant l’attribution.

Pourquoi et à quel moment faire appel à un avocat en cas de favoritisme ?

Le rôle de l’avocat varie selon le moment et le contexte. Il conseille, analyse et défend les parties impliquées.

  • Conseiller : il évalue la situation et détermine si les faits constituent un délit de favoritisme ou une simple irrégularité administrative.
  • Sécuriser : il accompagne l’acteur public ou l’entreprise dans la rédaction des documents et la conduite de la procédure pour éviter toute infraction pénale.
  • Plaider : il représente l’entreprise ou l’agent devant les juridictions administratives ou pénales pour contester un marché ou défendre contre des accusations.
  • Anticiper : il définit la stratégie la plus adaptée, en coordonnant les recours administratifs et les actions pénales, et en respectant les délais légaux.

FAQs

Un simple soupçon de favoritisme suffit-il pour déposer un recours ?

Non, il faut des éléments objectifs montrant qu’un avantage a été accordé injustement, même sans preuve pénale complète.

Le délit de favoritisme peut-il être retenu même si le marché a été exécuté correctement ?

Oui, car l’infraction repose sur la violation des règles de passation, indépendamment de l’exécution effective du marché.

Existe-t-il un délai de prescription spécifique pour le délit de favoritisme ?

Oui, le délit se prescrit généralement au bout de 3 ans, à compter des faits ou du moment où l’infraction est constatée.

Le délit de favoritisme menace autant l’égalité de la concurrence que la crédibilité des acteurs publics et privés impliqués. La vigilance et le contrôle des procédures sont incontournables pour prévenir des irrégularités susceptibles d’engager, la responsabilité pénale ou administrative.

POINTS CLÉS À RETENIR :

  • Le délit de favoritisme se caractérise par l’octroi délibéré d’un avantage injustifié, en violation des règles de publicité et de mise en concurrence.
  • Il peut concerner tout acteur public ou entreprise bénéficiaire, et engage une responsabilité pénale, administrative et disciplinaire.
  • Les indices de favoritisme incluent des critères sur mesure, un traitement différencié des candidats ou des modifications tardives du règlement de consultation.
  • Les recours existent pour protéger l’entreprise évincée et contester la régularité des marchés, mais la rapidité et la rigueur dans l’analyse des faits sont déterminantes.

Articles Sources

  1. legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033611461
  2. marche-public.info - https://www.marche-public.info/code-penal-delit-favoritisme-avantage-injustifie-article-432-14
  3. commande-publique.collectivites.legibase.fr - https://commande-publique.collectivites.legibase.fr/actualites/veille-juridique/le-delit-de-favoritisme-peut-etre-reprime-dans-le-cadre-des-marches
  4. economie.gouv.fr - https://www.economie.gouv.fr/node/37195

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