125 ans après leur entrée au Barreau, où en est réellement l’égalité professionnelle ?
En 2026, les femmes dominent le Barreau, mais l’égalité professionnelle reste un combat.
En 2026, les femmes représentent près de 59 % des avocats en France (source : CNB, « Chiffres-clés 2026 de la profession d’avocat »). Pourtant, il y a 125 ans, elles n’avaient tout simplement pas le droit de prêter serment. Cette évolution spectaculaire illustre une transformation profonde de la profession. Mais derrière cette majorité numérique, des déséquilibres persistent. À l’heure du 125e anniversaire de la loi du 1er décembre 1900, retour sur une conquête historique, ses avancées majeures et les défis encore bien réels pour les avocates.
À retenir
En 2026, les femmes au Barreau sont majoritaires, mais l’égalité réelle reste inachevée.
- 58,8 % des avocats sont des femmes
- 70 % des élèves-avocats sont des femmes
- Les postes d’associés restent majoritairement masculins
- Des écarts de rémunération importants persistent
- La conciliation vie professionnelle / vie personnelle demeure un enjeu central
1900 : l’ouverture historique du Barreau aux femmes
Avant 1900, l’exclusion des femmes reposait sur l’interprétation du Code civil et des usages professionnels. La profession d’avocat était considérée comme un « office viril », incompatible avec le statut civil des femmes mariées.
La loi du 1er décembre 1900 marque un tournant majeur : elle permet aux femmes diplômées en droit de prêter le serment d’avocat et d’exercer la profession. Quelques jours plus tard, une première femme prête serment : Olga Petit. En janvier 1901, Jeanne Chauvin plaide pour la première fois en France.
Une féminisation devenue structurelle
La progression des femmes au Barreau reste lente durant la première moitié du XXe siècle. En 1918, on ne compte qu’une cinquantaine d’avocates.
Le véritable basculement intervient au XXIe siècle.
- Les femmes deviennent majoritaires en 2009.
- En 2026, elles représentent 58,8 % des 78 938 avocats français.
- Les écoles d’avocats comptent 4 132 élèves-avocats en 2026, et la féminisation de la formation est décrite comme une tendance de fond.
- En 2026, l’âge moyen des avocates en exercice s’établit à 42,4 ans, contre 47,5 ans pour les hommes, ce qui confirme que la féminisation du Barreau repose principalement sur les générations les plus récentes.
La féminisation du Barreau est devenue structurelle.
2026 : majoritaires mais encore inégales
En 2026, les femmes représentent 58,8 % des avocats inscrits en France.
Cette majorité numérique constitue une évolution historique.
Cependant, elle ne se traduit pas encore par une égalité structurelle au sein des cabinets d’avocats.
Des collaboratrices majoritaires
Les femmes sont particulièrement nombreuses parmi les collaborateurs.
À Paris, elles représentent environ 64 % des collaborateurs, mais leur part diminue significativement au niveau des associés.
Ce déséquilibre crée un effet d’entonnoir dans l’accès aux responsabilités.
Un accès inégal au statut d’associé
Malgré leur majorité dans la profession :
- Les femmes représentent moins de 40 % des associés dans les cabinets structurés.
- Elles sont encore moins nombreuses parmi les associés dirigeants.
- Les cabinets d’affaires restent majoritairement pilotés par des hommes.
L’écart générationnel joue un rôle.
En 2026, l’âge moyen des avocates en exercice est de 42,4 ans, contre 47,5 ans pour les hommes.
Les postes d’associés étant souvent occupés par les générations les plus anciennes, cela contribue au maintien du déséquilibre.
Une ségrégation horizontale des spécialités
Les données du Conseil national des barreaux montrent une répartition genrée marquée selon les domaines d’exercice.
Les femmes sont majoritaires dans :
- Droit de la famille : environ 65 à 70 %
- Droit social : environ 60 à 65 %
À l’inverse, les hommes dominent encore les spécialités les plus rémunératrices :
- Fusions-acquisitions (M&A)
- Droit fiscal
- Droit bancaire et financier
Or, le revenu moyen en droit des affaires est significativement supérieur à celui du droit de la famille ou du droit social.
Cette ségrégation horizontale contribue directement aux écarts de rémunération, qui peuvent atteindre 40 à 50 % selon les structures.
Une perte de talents préoccupante
Environ 30 % des femmes quittent la profession avant dix ans d’exercice.
Les causes identifiées :
- Pression de la facturation : Le modèle organisationnel, fondé sur des exigences élevées de facturation et de disponibilité, est identifié par les travaux du CNB et de la FNUJA comme un facteur de tension dans les dix premières années d’exercice.
- Horaires extensifs qui rendent difficiles la conciliation vie privée / vie professionnelle
- Modèles de cabinets historiquement construits sur des schémas masculins
Une gouvernance plus féminisée : un tournant pour l’égalité au Barreau
La période 2024-2026 marque un moment structurant pour la gouvernance du Barreau et la place des femmes au Barreau.
Julie Couturier, ancienne Bâtonnière de Paris puis Présidente du Conseil national des barreaux (2024-2026), a fait de l’égalité professionnelle des avocats un axe stratégique central.
Cet objectif n’est plus seulement symbolique. Il s’agit d’agir concrètement sur les déséquilibres structurels.
Les priorités mises en avant entre 2024 et 2026
Sous cette mandature, plusieurs chantiers sont renforcés :
- Analyse des écarts de rémunération entre avocats et avocates
- Mise en lumière du plafond de verre dans l’accès au statut d’associé
- Travaux sur la parentalité dans les cabinets d’avocats
- Sensibilisation à la transparence salariale
- Promotion d’une parité dans les instances ordinales
- Valorisation d’une gouvernance assumant la féminisation des fonctions représentatives
L’usage désormais courant du terme « Bâtonnière » s’inscrit dans cette évolution culturelle du Barreau.
125 ans des femmes au Barreau : des événements marquants
Les 125 ans de l’accès des femmes au Barreau ont prolongé cette dynamique institutionnelle.
Plusieurs événements majeurs marquent l’année :
- L’exposition « Avocates parisiennes : 125 ans de combats », organisée par l’Ordre des avocats de Paris, retraçant l’histoire des pionnières et l’évolution des femmes avocates.
- Le colloque du CNB « Plaider encore pour l’égalité » du 1er décembre 2025, consacré aux inégalités persistantes dans la profession.
- La soirée du 26 février 2026 organisée par l’Union des Jeunes Avocats à la Cour de Paris (UJA de Paris), intitulée « Robes noires, destins de femmes : 125 ans d’avocates à Paris », dédiée aux trajectoires professionnelles et aux défis contemporains.
- L’événement du 12 mars 2026 à la Cour d’appel de Paris, organisé par Femmes & Droit, consacré à la place des femmes dans les professions juridiques et aux perspectives d’évolution de l’égalité professionnelle.
Ces événements ont permis :
- De rappeler l’histoire des premières femmes avocates
- De mettre en lumière les inégalités économiques persistantes
- D’aborder la question de la conciliation vie professionnelle / vie personnelle
- D’engager une réflexion sur l’avenir du modèle de cabinet
Conclusion
En 2026, les femmes ont transformé durablement le visage du Barreau français. Si l’égalité d’accès est acquise et la majorité numérique incontestable, l’égalité professionnelle réelle demeure incomplète.
Points clés :
- Les femmes représentent 58,8 % des avocats en 2026 (source : CNB).
- Elles restent sous-représentées parmi les associés et dirigeants de cabinets.
- Les écarts de rémunération peuvent atteindre 40 à 50 % selon les structures.
- La ségrégation des spécialités contribue aux inégalités économiques.
- Le modèle économique fondé sur la facturation intensive influence les trajectoires.
- L’égalité au Barreau est engagée, mais elle n’est pas encore pleinement réalisée.
Articles Sources
- legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000509013/
- cnb.avocat.fr - https://cnb.avocat.fr/chiffres-cles-2026-de-la-profession-d-avocat
- lannuaire.service-public.gouv.fr - https://lannuaire.service-public.gouv.fr/ile-de-france/paris/2b0581d9-1348-40f0-a1f1-c33938ba3589


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