SÉRIE : Les procès marquants des 50 dernières années

Épisode #3 : Les crimes de Klaus Barbie

Nikolaus Barbie, alias Klaus Barbie, voit le jour à Bad Godesberg le 25 octobre 1913. Cet officier de police SS (Schutzstaffel, une organisation du régime national-socialiste) est un criminel de guerre allemand. Le procès de Klaus Barbie se tient du 11 mai au 3 juillet 1987. Il a pour finalité la réclusion criminelle à perpétuité. Suivi par 900 journalistes, le procès réunit 113 associations et particuliers portés partie civile, d’où son grand impact médiatique. Il s’agit d’ailleurs du premier procès pour crime contre l’humanité en France.

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En cavale depuis quarante ans

Appelé également « le boucher de Lyon », Klaus Barbie fuit la justice pendant une quarantaine d’années. Il doit ce surnom aux horreurs qu’il a perpétrés pendant son séjour dans le Rhône de février 1943 jusqu’en septembre 1944. Après des crimes à Amsterdam, à Dijon et à Lion, cet ancien officier de police SS réussit à s’enfuir en Amérique latine suite à la guerre. Il séjourne au Pérou, puis en Bolivie où il travaille pour les services secrets du pays. Dans son intérêt, le parquet de Munich déclare un non-lieu en 1971. Ainsi, malgré la pression des services secrets américains, français et allemands, cet ancien dignitaire nazi pense s’en sortir, car il bénéficie de la protection de l’État bolivien.

En février 1972, il est repéré par les époux Klarsfeld. Ces derniers projettent de l’enlever en employant les mêmes méthodes que les services secrets israéliens pour Adolf Eichmann. Le 3 février 1972, empruntant le nom de Klaus Altmann, il accepte une interview avec le journaliste Ladislas de Hoyos. Après avoir déclaré ne pas parler cette langue, l’ancien SS se trahit lui-même lorsqu’il répond instantanément à une question en français du journaliste.

Néanmoins, il faut attendre la fin de la dictature d’Hugo Banzer ainsi que la mise en place de la démocratie en Bolivie pour que les autorités locales autorisent l’arrestation et la remise de l’officier nazi à la justice française. Une fois arrêté, il admet être Klaus Barbie et avoue avoir participé à l’arrestation de résistants. En revanche, il rejette l’accusation sur sa responsabilité dans la déportation des Juifs. Ses déclarations sont aussitôt écartées face aux témoignages des victimes. Les documents attestant sa participation active dans la Shoah confirment également ses actes.

Le déroulement du procès

L’instruction débute en 1983 sous la direction du juge Christian Riss. Ce dernier retient uniquement le chef d’accusation de crime contre l’humanité, vu que l’ancien SS avait déjà été jugé par contumace pour ses crimes de guerre de 1952 à 1954. Ainsi, trois faits sont pris en considération, à savoir la rafle de l’Union générale des Israélites de France en février 1943, la rafle des enfants d’Izieu en avril 1944 ainsi que le convoi de Lyon à Auschwitz en août 1944. Néanmoins, plusieurs associations de résistants et de victimes déposent leur plainte en cours de cassation. Celle-ci publie par conséquent l’arrêt du 20 décembre 1985. Il mentionne le quatrième chef d’accusation qui concerne les actes d’arrestation, de torture et de déportation des Juifs ainsi que des résistants isolés.

Les participants au procès

Présidé par André Cerdini, le président de la cour d’assises, le procès débute le 11 mai 1987. Le procureur général Pierre Truche accompagné par son adjoint Jean-Olivier Viout y participe également. Quant aux avocats, ceux de l’accusation sont Jacques Vergès, Nabil Bouaita et Jean-Martin Mbemba. Par ailleurs, 39 avocats de la défense représentent les 113 associations et particuliers qui se sont déclarés victimes des actes de Barbie. Les plus connus sont Roland Dumas et Serge Klarsfeld.

Durant le procès, de nombreuses victimes racontent leur histoire. Si, pour certains témoins, reconnaitre cet ancien SS n’est pas évident, pour d’autres son visage est resté gravé dans leur mémoire. « Je le reconnais à ses yeux enfouis sous ses sourcils, toujours les mêmes, toujours ce regard de chacal. », affirme Mr Courvoisier. Quant à Lise Lesèvre, elle connaissait déjà l’histoire de Barbie avant de l’affronter dans les salles de torture. Elle se souvient particulièrement de ses yeux. Mis à part leur couleur claire et leur mobilité, un détail l’a particulièrement marqué : « Lorsqu’il frappait, ses pupilles se dilataient ». La victime souligne : « Il éprouvait une jouissance manifeste à frapper ».

Simone Lagrange pour sa part l’a croisé à la prison de Montluc. Lors de leur première rencontre, la victime n’a pas eu peur, car l’image qu’il reflétait ne correspondait pas aux S.S : « Barbie portait un chat dans ses bras. Il le caressait ». Elle poursuit : « Il est venu vers moi, il m’a caressée sur la joue, il m’a dit que j’étais mignonne ». Par la suite, lorsque les parents de la jeune fille refusent de révéler le lieu où se cachent ses frères, Barbie la tire violemment par les cheveux avant de la gifler. Les parents refusant toujours de lui donner l’information, l’ancien SS continue de s’en prendre à elle. Pendant sept jours, les coups de pied et les coups de poing se succèdent sur des plaies encore à vif. « Le premier soir, il m’a ramené lui-même à Montluc, j’étais un pansement sanguinolent ». En la ramenant à sa mère, il ajoute : « Voilà ce que tu as fait de ta fille ».

Un procès qui a suscité l’attention

Le verdict est prononcé le 4 juillet à 0 h 40. Il condamne Klaus Barbie à une réclusion criminelle à perpétuité.

Pour la première fois dans l’histoire de la France, suite à la loi décrétée par Robert Badinter, le procès d’assises est filmé. L’évènement a d’ailleurs retenu l’attention de tous. Il est suivi par 900 journalistes, français et étrangers confondus. La presse, la radio, la télévision… Tous en parlent. Suite à la loi du 11 juillet 1985 concernant les archives audiovisuelles de la Justice, l’intégralité du procès est enregistrée, ce qui crée 145 heures de débat. La première diffusion par extrait, qui dure 70 heures, est publiée sur la chaîne Histoire en l’an 2000. Plus tard, d’autres documents sont commercialisés. Le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation a même publié des extraits du procès suite à l’autorisation exceptionnelle du Tribunal de grande instance de Paris. Le documentaire dure 45 min et se concentre sur les déclarations des témoins. Aujourd’hui encore, de nombreuses expositions en parlent.

 

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