Cession de parts sociales SARL entre associés
La cession de parts sociales entre associés dans une SARL peut sembler simple, alors qu’en réalité elle doit respecter plusieurs règles juridiques pour être valable et opposable. En principe, elle est libre. Toutefois, les statuts peuvent contenir certaines restrictions, notamment une clause d’agrément. Par ailleurs, la cession doit obligatoirement être constatée par un acte écrit et respecter des formalités précises, au risque d’être contestée et déclarée nulle. Afin d’assurer le respect des règles légales et statutaires et de sécuriser l’opération, il est conseillé de consulter un avocat spécialisé en droit des sociétés.

Selon l’article L223-16 du Code du commerce, la cession est libre entre les associés d’une SARL. Ce principe est basé sur le fait que les associés se connaissent tous et se font confiance. Ainsi, lors d’une cession interne, l’agrément des autres associés n’est pas nécessaire. Toutefois, ces derniers peuvent mettre en place une clause d’agrément afin d’éviter qu’un associé minoritaire devienne majoritaire sans l’accord des autres propriétaires. La présence d’une telle clause implique :
- La soumission de chaque cession de parts entre associés à un vote des membres de la SARL ;
- La fixation de la majorité requise par les statuts de la société.
Pour être reconnue par la société et les tiers, la cession de parts sociales entre associés doit suivre un formalisme rigoureux.
Étape 1 : Vérifier les statuts
Les parties à la cession doivent vérifier les statuts afin de s’assurer qu’aucune clause d’agrément n’y est pas insérée. Si une telle clause est prévue, le cédant doit informer les autres associés du projet de cession afin d’organiser un vote.
Étape 2 : Déterminer la valeur des parts sociales
Le prix des parts sociales est librement fixé par les deux parties. En cas de désaccord, ces dernières peuvent faire appel à un expert.
Etapes 3 : Informer les salariés
Il est obligatoire d’informer les salariés de la cession de parts sociales au moins deux mois avant sa réalisation lorsque les conditions suivantes sont réunies :
- La société emploie moins de 250 salariés ;
- Son chiffre d’affaires annuel est inférieur à 50 millions d’euros ;
- La cession porte sur plus de 50 % des parts sociales de la société.
Étape 4 : Rédiger l’acte de cession de parts sociales
Pour être valide, la cession doit être constatée par écrit. Cet acte, qu’il soit sous seing privé (rédigé par les parties) ou notarié (rédigé par un notaire), formalise la vente. Une copie de l’acte de cession doit être déposée auprès du siège social de la société afin d’informer les autres associés de la cession.
Étape 5 : Accomplir les formalités fiscales
Après la signature de l’acte de cession, celui-ci doit être enregistré auprès du Service des impôts des entreprises (SIE). L’acquéreur doit alors s’acquitter des droits de mutation.
Étape 6 : Mettre à jour les statuts et les documents sociaux
Pour être reconnus par les banques, l’administration et les créanciers, les statuts de la société doivent être modifiés pour tenir compte de la nouvelle répartition des parts sociales. Ces mises à jour doivent être enregistrées par voie électronique auprès du Guichet unique des entreprises. Cette étape est nécessaire afin d’obtenir une publication modificative au Registre du commerce et des sociétés (RCS).
L’acte de cession de parts sociales doit obligatoirement mentionner les informations suivantes :
- L’identification des parties : les nom, prénoms, date de naissance, nationalité, profession, domicile fiscal et situation matrimoniale des parties s’il s’agit de personnes physiques ou lorsqu’il s’agit de personnes morales leur dénomination sociale, leur forme juridique, le montant de leur capital social, l’adresse de leur siège social, leur numéro SIREN, leur ville d’immatriculation au RCS ainsi que l’identité de leur représentant légal ;
- Le nombre de parts cédées ;
- Le prix de la cession : le prix unitaire de chaque part ainsi que le montant global de la cession doivent être mentionnés dans l’acte de cession en lettre et en chiffre ;
- Les modalités de paiement : l’acte de cession doit mentionner le mode de paiement de l’acquisition : comptant ou à crédit ;
- La date d’effet : il s’agit de la date à partir de laquelle la cession produit ses effets juridiques.
Quelques clauses et mentions peuvent aussi être prévues dans l’acte afin de faciliter la cession telles que :
- La mention de l’obtention d’un agrément à la suite d’un vote des associés ;
- La clause qui définit la prise en charge des frais.
Le droit français ne définit aucune formule pour déterminer la valeur des parts sociales d’une entreprise. Les parties peuvent :
- Évaluer le montant à l’amiable : il s’agit de la méthode la plus utilisée lors d’une cession de parts sociales entre associés. Durant l’évaluation des parts sociales, les concernés peuvent s’appuyer sur le calcul des actifs et des passifs de l’entreprise, la comparaison des prix avec de récentes cessions dans la même société ou l’estimation des bénéfices futurs de la SARL.
- Utiliser les méthodes prévues dans les statuts de l’entreprise : les statuts de la SARL peuvent intégrer une méthode de calcul des parts sociales afin d’anticiper les désaccords lors d’une cession. Si cette clause existe, elle prime sur l’évaluation à l’amiable.
- Faire appel à un expert : les associés peuvent faire appel à un expert s’ils ne peuvent pas se mettre d’accord sur le montant de la transaction.
La cession de parts sociales entre associés engendre plusieurs frais, dont :
- Les droits d’enregistrement : cet impôt, dû lors de l’enregistrement de l’acte de cession auprès de l’administration fiscale, s’élève à 3 % du prix de cession des parts sociales, avec un minimum de perception de 25 €. Toutefois, ce droit bénéficie d’un abattement, dont le montant est proportionnel au nombre de parts sociales cédées.
- La fiscalité des plus-values : ces frais sont à la charge du cédant. Dans le cas où la vente génère un bénéfice pour ce dernier, les plus-values sont imposables avec un taux global de 30 % dans le cadre du prélèvement forfaitaire unique (PFU).
- Les frais d’avocat : les services d’un avocat sont recommandés pour la gestion de la procédure de cession. Les honoraires de ce professionnel peuvent varier de 1 000 € à 2 500 € en fonction de la complexité de la cession. Ces frais sont soit à la charge de l’acquéreur soit partagés entre lui et le cédant.
- Les frais de notaire : si la cession passe par le notaire, les associés doivent aussi prendre en compte les frais de ce professionnel qui sont calculés proportionnellement à la valeur des parts cédées.
Quelles formalités accomplir après la signature ?
Voici les étapes à suivre une fois l’acte de cession de parts sociales signé :
1. L’enregistrement fiscal
L’acte de cession doit être enregistré auprès du service des impôts des entreprises (SIE) :
- Soit du domicile de l’une des parties lorsque l’acte est rédigé par les parties elles-mêmes ;
- Soit dans le ressort duquel est établi le notaire lorsque l’acte de cession est notarié.
L’enregistrement peut être réalisé :
- Sur place ;
- Ou par voie postale.
Le délai pour effectuer cette formalité est d’un mois à compter de la signature de l’acte de cession.
2. La modification des statuts
La cession de parts sociales entraîne une modification des statuts, laquelle doit être approuvée par les associés en assemblée générale extraordinaire (AGE). L’AGE est une réunion ponctuelle entre les associées convoquée pour prendre des décisions importantes.
3. La publication de la modification des statuts dans un support d’annonce légale
Le gérant de la société ou l’une des parties à la cession doit publier un avis de modification des statuts dans le mois qui suit la date de modification auprès :
- Soit d’un service de presse en ligne (SPEL) ;
- Soit d’un journal d’annonces légales (JAL) habilité dans le département du lieu de situation du siège social de la société.
4. Les formalités via le Guichet unique
La modification des statuts doit être déclarée sur le site du guichet des formalités des entreprises afin d’être publiée au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) et de devenir opposable aux tiers. En d’autres termes, à compter de cette publication, toute personne extérieure à la société est légalement réputée informée du changement de répartition des parts sociales et ne peut, en principe, en ignorer l’existence.
Voici un cas pratique fictif illustrant les différentes étapes de la cession de parts sociales entre associés d’une SARL :
La SARL Bati-Vert Rénovation, spécialisée dans l’isolation et la rénovation énergétique, a été créée le 18 février 2000 dans le département du Nord. Son capital social de 10 000 € est divisé en 1000 parts sociales d’une valeur nominale unitaire de 10 € et détenu par deux associés :
- Lucas, associé majoritaire avec 700 parts (70 %) et gérant de la société ;
- Sarah, détentrice de 300 parts.
Lucas, souhaitant se concentrer sur une autre activité, a décidé de céder 300 parts sociales à Sarah, laquelle souhaite renforcer sa position au sein de la société en devenant associé majoritaire le 6 janvier 2026. La loi prévoit le principe de liberté de la cession de parts entre associés sauf clause statutaire contraire. Les statuts de Bati-Vert Rénovation ne prévoient aucune restriction en la matière. Lucas et Sarah peuvent donc engager tout de suite l’opération. De plus, la cession ne concerne que 30 % des parts sociales de l’entreprise. Ainsi, il n’est pas obligatoire d’informer les salariés. Lucas et Sarah font appel à M. Duval, un avocat en droit des sociétés pour les accompagner notamment dans :
La détermination du prix des parts sociales : puisque la valeur nominale de 10 € ne reflète plus la valeur réelle de la société, l’avocat propose une évaluation selon la méthode patrimoniale, consistant à soustraire les dettes de la société qui sont de 50 000 € des actifs qui sont de 130 000 €. L’actif net s’élève ainsi à 80 000 €. Divisée par 1 000 parts, la valeur unitaire des parts sociales est fixée à 80 €. Les 300 parts cédées représentent ainsi un montant total de 24 000 €.
La rédaction de l’acte de cession : pour sécuriser la transaction, une clause de non-concurrence est insérée. Elle interdit à Lucas de créer, d’exploiter, ou de diriger une entreprise concurrente de Bati-Vert Rénovation pendant une durée de 3 ans.
Après la signature de l’acte de cession le 15 mars 2026 :
- Lucas et Sarah ont déposé un exemplaire de ce document au siège social de la SARL ;
- Ils se sont rendus au SIE avec deux exemplaires de l’acte pour procéder à son enregistrement ;
- Lucas, en tant que gérant, a convoqué Sarah en AGE afin d’approuver la modification des statuts qui a été approuvée à l’unanimité ;
- Il a procédé à la publication de ces changements dans un Journal d’annonces légales du département du Nord ;
- Il a déposé le dossier de modification des statuts sur le site du guichet des formalités des entreprises.
Pourquoi faire appel à un avocat en droit des sociétés ?
Faire appel à un avocat en droit des sociétés est essentiel lors d’une cession de parts sociales entre associés d’une SARL afin de sécuriser et d’optimiser la transaction. Ce professionnel du droit peut notamment :
- Veiller au respect des clauses statutaires : le non-respect d’une clause restrictive en matière de cession de parts sociales peut entrainer la nullité de l’opération. Autrement dit, celle-ci est réputée n’avoir jamais existé. L’avocat vérifie l’existence de telles clauses afin d’éviter ce risque.
- Déterminer le prix des parts cédées : même si celui-ci peut être fixé par les parties, un prix manifestement surévalué ou sous-évalué est susceptible de générer des conflits entre associés et d’être requalifié par l’administration fiscale en donation déguisée ou en acte anormal de gestion. L’avocat permet de sécuriser cette étape.
- Rédiger l’acte de cession : ce juriste maitrise les clauses essentielles à y intégrer afin de protéger les intérêts du cédant et du cessionnaire.
- Réaliser les formalités de cession des parts sociales : la loi impose un formalisme strict pour rendre la cession valable et opposable aux tiers. L’avocat veille à leur respect.
Pour conclure, même si la loi consacre le principe de la liberté de cession de parts sociales entre associés d’une SARL, les statuts peuvent en encadrer les modalités. Des formalités légales doivent également être accomplies après la transaction. D’où l’importance de faire appel à un avocat spécialisé afin de prévenir les litiges ultérieurs et les risques fiscaux.
FAQ
Peut-on céder seulement une partie de ses parts sociales dans une SARL ?
Oui, la cession partielle de parts sociales est possible.
Une cession de parts sociales peut-elle être annulée ?
Oui, une cession de parts sociales peut être annulée par le juge en cas de non-respect des dispositions légales et statutaires applicables, notamment en cas de non-respect de la procédure d’agrément prévue par les statuts ou de vice du consentement du cédant (erreur, dol ou violence).
Que se passe-t-il si le prix de cession est volontairement sous-évalué ?
Une sous-évaluation du prix de cession expose les parties à un risque de requalification de l’opération par l’administration fiscale en donation déguisée, entrainant un redressement fiscal. Les associés peuvent également invoquer une fraude pour la contester.
Un associé peut-il refuser de vendre ses parts sociales ?
Oui, un associé peut refuser de céder ses parts sociales sauf décision de justice exceptionnelle ou clause statutaire particulière.
La cession de parts sociales modifie-t-elle automatiquement la gérance de la SARL ?
Non, la cession de parts sociales dans une SARL n’entraine pas automatiquement un changement de gérance.
Peut-on céder ses parts sociales à un membre de sa famille associé de la SARL ?
En principe, oui, mais il convient de vérifier les statuts qui peuvent prévoir une clause d’agrément ou soumettre ce type de cession à l’accord des autres associés.
POINTS CLÉS À RETENIR :
- La cession de parts sociales entre associés est libre dans une SARL, sauf en cas de présence d’une clause d’agrément auquel cas l’accord des autres associés est requis ;
- Pour une cession de parts sociales entre associés, les parties à la cession doivent vérifier les statuts de la SARL, définir le prix d’acquisition, rédiger l’acte de cession et enregistrer la vente pour qu’elle soit opposable à l’entreprise et aux tiers ;
- L’acte de cession doit contenir les identités des parties, le nombre des parts cédées, le montant de la transaction, la modalité de son paiement et la date d’effet de la vente ;
- La valeur des parts sociales dans une SARL peut être fixée d’un commun accord entre les parties, calculée selon les modalités prévues par les statuts de la société ou par l’intermédiaire d’un expert ;
- Les frais et impôts liés à une cession de parts sociales concernent principalement le droit d’enregistrement, la fiscalité des plus-values, les frais d’avocat et les frais de notaire ;
- Après la signature de l’acte de cession, celui-ci doit être enregistré auprès du service des impôts des entreprises. La modification des statuts est ensuite approuvée en assemblée générale extraordinaire (AGE), fait l’objet des mesures de publicité requises, puis est déclarée sur le site du guichet des formalités des entreprises ;
- Le recours à un avocat en droit des sociétés lors d’une cession de parts sociales entre associés dans une SARL permet de sécuriser juridiquement et fiscalement l’opération en garantissant le respect des statuts et la bonne exécution des formalités obligatoires.
Articles Sources
- legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006223102
- legifrance.gouv.fr - https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006223059
- entreprendre.service-public.gouv.fr - https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F36015/personnalisation/resultat
Historique de l’article
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